Lundi, septembre 28, 2009

Le retour du refoulé

Un petit mois de silence ce n’est pas grand’chose, un mois dans une relative obscurité pour revivre ma vie là où je l’avais quittée. Le même dans un tout différent, je suis devenu métaphore de ce que j’étais et le référent immobile par lequel on m’interpelle tire en arrière le référé qui ne se reconnaît plus.

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Faire son territoire, c’est animal et agréable. Ne pas pouvoir l’établir provoque en moi une colère qui n’est guère plus civilisée. Ce n’est pas mon territoire de manière exclusive, quiconque peut y entrer et venir y vivre. C’est un espace physique qui me ressemble mentalement où mes angoisses ne trouvent pas de prises sur le réel.

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La vie après une parenthèse n’est pas une simple continuation. Vivre cet enchassement de deux moments distincts c’est s’exposé au retour du refoulé, de celui qu’on croyait avoir dépassé comme de celui dont on ignorait l’existence même. Si l’aufhebung se traduit comme dépassement-conservation, celui qui n’y voit que le dépassement positif refoulera la conservation. La laisse autour de son coup se resserera d’un cran alors qu’il pavanera sa liberté nouvellement acquise.

Jeudi, août 13, 2009

Un dernier regard sur toi

Depuis près d’une semaine maintenant, mes promenades dans Bruxelles deviennent de plus en plus étranges. Cette ville où j’ai mis un an à découvrir et connaître les grandes lignes pour m’y repérer et le petits coins agéables pour m’y reposer, m’apparaît désormais différente; des bâtiments plus discrets se révèlent à mon regard, de nouveaux détails architecturaux ou urbanistiques me heurtent comme de nouvelles évidences.

Juste avant le jour appréhendé de mon départ, je réalise que cette ville est presque plus mystérieuse maintenant qu’elle ne l’était au départ. Au tout début, elle était cette inconnue dont je voulais arpenter le corps, épouser les formes, connaître les atouts, dominer les points de vues. Comme cette quête initiale, et à maints égars initiatique, s’accomplit assez aisément, Bruxelles devenait familière tout en restant enchantée; animée elle l’était de sa propre impulsion constamment renouvelée, conatus d’une ville morcelée dans une unité confuse et en mouvement constant. Son identité est fluide sans être liquéfiée, la vie y peut être lente; pour celui qui est à lui-même son propre guide, pour l’autonome, le quotidien est assurément agréable.

Son mystère, pourtant, prospère, son verni ne s’effrite pas devant les yeux des trop curieux; son histoire, les gens qui y ont vécu et qui l’ont transformé laissent des indices ici et là dans une totalité à la fois chaotique et malgré tout porteuse de significations.

Demain, je glisserai dans tes rues avec les yeux écarquillés d’un enfant sachant qu’il fera la connaissance de la nostalgie; de la douleur du retour. Je poserai mon regard sur toi et tu te révéleras encore renouvellée, rien ne m’echaperas sur le présent afin de te laissé sombrer doucement dans le flou de mes souvenirs.

Un dernier regard sur toi dans une ultime danse où je me saoulerai de tournoyer dans tes bras avant de te quitter.

Vendredi, août 7, 2009

Le jour où le présent cessa d’avaler l’avenir

Il y a bien longtemps que je ne suis venu m’exposer ici; l’été m’incite à de nombreux comportements qui n’ont rien à voir avec la routine habituelle. Appelez ça de la schizophrénie si vous voulez, n’empêche que je garde certaines régularités dans mon écriture qui changeant de média, change de contenu et de forme.

Parlant de forme, il est depuis longtemps évident que j’ai misérablement failli à attribuer une forme convenable à ce carnet qui n’a jamais été à la hauteur de mes ambitions qui, pourtant, ne sont malheureusement pas extravagantes.

Pour la poignée de personne qui, de façon périodique, vient posé ses yeux sur les lignes que je pose ici je ne veux rien promettre, mais j’ose tout de même annoncer des changements desquels je n’ai encore aucune image, ni imagination, mais de nombreux désirs d’animations.

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Avant hier, sans trop savoir pourquoi, brusquement, j’ai abandonné toute activité en cours pour regarder la bibliothèque dans ce pseudo nouvel appartement bientôt ancien, sans trop le savoir pourquoi je saisi un livre de Kundera. Jadis, j’avais lu L’insoutenable légèreté de l’être, j’en ai gardé un souvenir flou mais agréable; un plaisir dispensable, mais pas nécessairement dépourvue de tout signifiance. Maintenant, j’avais dans les mains L’ignorance et j’aurais été bien mal placé pour expliquer pourquoi je commençai alors que tant de tâches m’interpellaient.

Il y a des moments comme ça, où l’on reste une peu ébahi parce qu’une impression d’être pris en charge par une force demeurant inconnue. Il y a des moments où j’appelle ça du hasard, d’autres où c’est si perplexant que je ne trouve pas les mots pour exprimer sans me résigner à utiliser ce terme, trop paradoxal, de destin.

Les mots de Kundera me firent cet effet; dans la légèreté qui est la sienne, propice à être apprécié en canicule lorsque la concentration flanche au fur et à mesure que le thermomètre grimpe; ses mots me firent un baume de fraîcheur. Dans une incroyable simplicité, il expose à travers sa narration tant de points d’ombres que depuis longtemps j’essaie de clarifier sans avoir réussi à mettre de l’ordre dans ce fatras. Ce n’est pas miraculeux, mais c’est comme rencontrer quelqu’un qui vous dit ce que vous avez voulu vous dire depuis un certains temps déjà. Il l’expose à sa manière conservant la nécessaire distance afin que le mouvement de la réflexion reprenne sens et que sa destination soi de nouveau mienne.

Ce matin, je suis empli d’une puissance nouvelle; je cesse d’emprunter du temps à l’avenir tel le gambler au créancier, je réalise l’avenir au présent, tout ce que je me dis que je devrais faire je ne le relègue plus aux calendes grecques; j’ai enfin envi de passer à l’action.

Ce qui veut dire: À bientôt!

Dimanche, mai 31, 2009

Voici une offrande pour vos tendres oreilles

Il n’est pas dans mon habitude de mettre des vidéos, mais je viens de découvrir quelque chose de jouissif. Alors que je cherchais à revivre des souvenirs de 1998 – 11 ans déjà! – je tombe sur un quatuor à corde qui joue du Marilyn Manson. J’ai prié pour que ce soit «dodécaphonisant», pas trop, mais bien atonal quand même! Il n’y a rien à voir tout à entendre.

The String Quartet Tribute to Marilyn Manson – The Dope Show

Dimanche, mai 31, 2009

La tache

Sur les divers objets que je possède, il est facile de savoir ceux auxquels je voue une certaine affection: tous sont maculés de café. Si un objet n’a ni tache, ni odeur de café alors il est fort probable qu’il me laisse indifférent. Quelques-unes de mes possessions résistent à cette généralisation: ceux que j’aime trop, qui me sont précieux pour une raison ou pour une autre et que je manipule avec soin tout en sachant que tôt ou tard la loi de Murphy viendra accomplir ce qui est fatalement destiné.

Aujourd’hui, alors que je lisais un des plus horribles livres qui m’ait été donné de lire, le Tractatus Logico-Philosophicus de Wittgenstein, je me suis surpris à vivre un certain plaisir. La philosophie me fait vivre plusieurs types de plaisirs, le degré zéro étant toujours le même : le plaisir de comprendre ce qui tente de s’exprimer. Je vivais donc ce degré zéro du plaisir philosophique avec Wittgenstein et je ressentais une certaine honte devant cet indigeste opuscule. Ce moment de ma vie devait rester privé, me disais-je…

À ce moment même, je renversai du café sur le livre, tache acariâtre qui consacrait pour l’éternité un plaisir qui n’avait même pas duré un instant. Quelle trahison! Je ne pouvais plus admettre devant le monde entier que Wittgenstein m’avait laissé indifférent.

Quelles infamies venais-je d’attirer sur moi?

Vendredi, mai 15, 2009

Délire d’irresponsabilité

Comme j’aimerais être un lotophage.

Mardi, mai 12, 2009

Une goutte de Sénèque.

«Faire le délicat devant l’indigence, est-ce tolérable?»
Sénèque, Lettre 58.

La dentelle ne peut embellir l’absence de pensée, elle est néant qui néantise.

Dimanche, mai 10, 2009

L’existentialisme est un Janus

Si la philosophie existentielle partage énormément – en tant qu’héritière d’une longue tradition philosophique, dont la rupture qu’elle semble présente n’est jamais totale – de questionnements qui trouvent échos dans une pluralité de cultures et d’époques, je crois que quant à la forme dont elle use afin de mettre en lumière ces questionnements restent, quant à eux, extrêmement limités.

En dressant un portrait général, avec toutes les lacunes que cela peut comporter, j’affirmerais que dans une vaste majorité de cas, au sein des sociétés pré-modernes, les réponses données aux questions qui sont celles de l’existentialisme aujourd’hui étaient présentées dans un rapport dialectisant de la position de l’individu au sein de la société, du monde (compris phénoménologiquement) et de l’univers cosmique. Le cas de l’animisme est probablement le plus parlant, lui qui réussit de faire de l’immanence un moment même de la transcendentalité de l’expérience. Mais abstraction faite de l’animisme qui ne pourrait être que le miroir déformant de mon propos pour la simple raison que j’y trouve si aisément ce que j’y cherche, prenons le cas des sociétés sur la marge de la modernité; celles qui ont tant obsédées Durkheim et, dans une moindre mesure, Weber.

Durkheim posait deux types de solidarités, une pour chaque époque. Pour les sociétés pré-modernes, Durkheim qualifie la solidarité à l’oeuvre de «mécanique»; en ce qui concerne les sociétés modernes la solidarité est dite «organique». Solidarité prend, pour Durkheim, le sens de ce qui permet la cohésion sociale et ce qui permet sa reproduction dans le même. En ce qui concerne l’époque pré-moderne, l’individu confronté aux questionnements à la base de la quête de sens de la vie en général et de sa propre existence, se trouve face à une communauté organique qui lui renvoie d’emblé un réseau de signification dans lequel tout prend sens et sur lequel il se doit de prendre appuie afin d’intégrer cette même communauté. L’individu est un rouage dans un système, d’où «mécanique». (Je dis individu, si tant est qu’on puisse parler d’un individu, car nous sommes dans un schème social antérieur à la possibilité de l’auto-nomos. Sujet est plus adéquat.) Évidemment, ce moment pré-moderne en est un où le sujet croule sous le poids d’un sens déjà présent lui niant dès le départ la possibilité de partir à la quête de son propre sens. À l’inverse dans le schème marquant la société moderne, nous assistons à un renversement total du réseau de significations qui est à la base même de la possibilité d’une compréhension holiste du monde. L’individu, qui n’est plus sujet (qui n’est plus officiellement assujetti, mais avec de lourdes réserves que Marx et Freud mettrons en évidences), est maintenant libre de se lancer dans une quête beaucoup plus personnelle du sens de son existence, mais au même temps, il se confronte avec un phénomène radicalement nouveau: le fait que les catégories normatives du jugement issues d’un sensus communis n’ont plus de poigne sur un monde qui se montre de plus en plus lisse et sans friction. C’est la formulation sociologique  de ce que l’on nomme le désenchantement du monde. L’individu est libre, mais a perdu tout fondement objectif qui lui permettait de se constituer une subjectivité ancrée dans un rapport objectif au monde; c’est-à-dire social, culturel et vraisemblablement cultuel.

Alors en quoi est-ce que la forme de la philosophie existentielle est problématique?

Parce que selon moi elle a comme point de départ l’absurdité que l’individu constate dans son manque de fondement vis-à-vis de son rapport au monde, sans pour autant questionner à la base le fait que ce qui fonde cette absurdité est l’abstraction philosophiquement réalisée par la classe bourgeoise par ses révolutions qui se sont montrées plus destructrices de possibilités ontiques que libératrices. S’il y a une foule de cas recensé de cosmologies qui ont comme point de départ l’absurdité de la vie sur terre, ces cosmologies tentent de faire sens de cette absurdité en invitant à construire – par la présence médiatrice d’un prisme transcendantal et holiste, c’est-à-dire symbolique – un moment commun permettant de faire sens de la vie individuelle. Selon moi, l’existentialisme moderne fait exactement l’inverse, c’est-à-dire de se baser sur une fiction philosophique réalisée par la violence (i.e. la primauté de l’individu sur le collectif – l’idéologie des droits de l’homme en est l’exemplification la plus claire) afin de faire sens du social en tant qu’entité vivante et globale qui permet d’objectiver et donc de stabiliser notre rapport au monde.

Comme la dialectique, selon Marx marchait sur la tête avec Hegel, c’est le processus d’accession au sens et à la liberté qui marche sur la tête avec l’existentialisme.

Qu’est-ce que cela implique pour l’existentialisme en tant que philosophie? Je crois que cela ne la discrédite pas le moindre du monde à partir du moment où la plupart de ces têtes d’affiches ont été (pardonnez-moi l’expression, mais c’est aussi un peu la seule philosophie qui a pu jouir d’une véritable popularité) des personnages remarquables pour une raison qui mérite d’être soulignée : leur manque total d’hypocrisie. Cela en fait des personnes vulnérables plus que toutes autres préférant se cacher derrière la solidité d’un système aussi révolutionnaire soit-il. Ainsi, celui qui voudrait venir détruire le contenu objectif de ce qu’il a à penser au sein de l’existentialisme ne fait que se donner la belle part et il faudrait le prendre pour qui il est, c’est-à-dire un carriériste n’ayant pas le moindre remord au fait qu’il est un traître à l’acte même de réflexion. Le style avec lequel a su se développer la philosophie de l’existence – et je pense ici surtout à sa proximité avec l’art – en fait néanmoins un roc sur lequel tout philosophe curieux de réfléchir son présent devra, comme la marrée montante, gagner en altitude en faisant gaffe de ne pas rester prisonnier d’une de ces nombreuses crevasses…

Lundi, avril 20, 2009

Le masque

Lorsque la philosophie moderne créa, sous différents modes, des philosophies de l’Histoire qui tentaient d’expliquer en quoi la réalisation de la liberté dans le monde était un destin duquel l’humanité ne pouvait pas échapper, elle ne faisait pas simplement qu’énoncé un joyeux paradoxe qui se résumerait à notre condamnation à la liberté. Sans le savoir – et dans son propre dos – elle était grosse de tous les discours qui présentent la condamnation comme une forme de liberté. Les penseurs libéraux sont devenus – qu’ils l’aient voulu ou non – des outils de l’ordre bourgeois.
Toute tentative de récupérer leur programme aujourd’hui n’est qu’un tour d’écrou à l’hypocrisie régnante. Une tâche de la philosophie doit consister à retirer le masque qu’on a imposé aux philosophes modernes, masque qui leur permettait de tuer en gardant le sourire. Les visages ainsi découverts devront une fois de plus être jugés. Ils se pourraient qu’on y trouve de singuliers alliés contre ces professeurs qui sourient sans avoir à se camoufler le visage.

Dimanche, avril 19, 2009

Je serai rat

Assis à sa table dégustant une blonde qui fumait partout autour de lui, il était séduisant comme Rimbaud, désinvolte comme Baudelaire; oui! il était maudit et je le bénissais.
Il était un Dandy.
La fumée jaillissait de ses narines. Il était ce dragon, celui qu’on pensait mort. Il ne disait plus «tu dois» – cet élément de son passé, un lion lui avait ravi –; maintenant, de son regard seul, le dragon jugeait.
Par ces gestes du passé, qu’il possédait comme des instincts, il respirait le Zeitgeist de cette époque où tous les soirs je parviens à me réfugier avant de m’endormir.
Cette nuit, il sera là, dans mes bras, je l’étreindrai.
Demain, à mon tour, de mon regard je ferai jugement.
Je me ferai rat, ami du dragon.

Banksy. Red Carpet Rat.