Jeudi, février 4, 2010

Tant mal que pire encore.

Le vide. Comment essayer dire ? Comment essayer rater ? Nul essai rien de ratée. Dire seulement –

D’abord les os. Encore retour à eux. Harcelant depuis que d’abord dit les restes susdits. Le sol. La douleur. Nul os. Nul sol. Nulle douleur. Pourquoi debout pas su. A tout prix pas su. Si jamais fut gisant. Ou jamais ne fut gisant. Perpétuel agenouillé. Mieux perpétuel agenouillé. Mieux plus mal perpétuel agenouillé. Le dire désormais perpétuel agenouillé. Pour l’instant désormais perpétuel agenouillé. Pour l’instant.

Samuel Beckett. Cap au pire, Paris, 1991, Minuit, pp. 20-21.

Voilà à mon sens, une des plus belles expressions de l’importance du travail conceptuel qui puisse être énoncée. Nommer ce qui n’a pas de nom pour dénoncer son innommable douleur. Vérité qui exprime un désormais, pour un instant.

Dimanche, janvier 31, 2010

Le primat de l’objet et la métaphysique

« Aucune vie humaine se comportant de façon ouverte et libre envers les objets ne suffit pour accomplir ce qui dans l’esprit de chaque homme est potentiellement présent ; cela et la mort divergent. » (T.W. Adorno. Dialectique négative, Paris, 2003, Payot, p. 446.)

Cette citation semble indiquer le renversement conceptuel qui est à l’œuvre chez Adorno en ce qui concerne sa propre métaphysique. Comme il l’affirme lui-même dans un cours : « La métaphysique est cette forme de philosophie dont les objets sont les concepts ; et à vrai dire les concepts au sens fort, au sens où un primat – et ce faisant un plus haut degré d’être – leur est presque toujours accordé sur les étants et les faits qu’ils désignent et dont ils sont tirés. » (Id. Métaphysique ; Concept et problèmes, Paris, 2006, Payot, p. 35.) Ce qui intéressant, si je puis me permettre cette liaison qui pourrait apparaître comme frauduleuse, est la présence de « primat » qui est généralement attribuée, dans la philosophie adornienne, à l’objet. Ce primat est, pour le dire schématiquement, celui du non-identique, de ce « plus » au sein de l’objet qui résiste à sa conceptualisation et à son inscription complète dans une identité réificatrice : celle du concept.

Dans le primat qui est celui de la métaphysique traditionnelle, celui qui s’adresse aux concepts, l’on vise ni plus ni moins, derrière les contingences fluctuantes du monde matériel, ce qui serait immuable, immobile, éternel, sempiternel. Or cette conception de la métaphysique a subi maints mouvements de critiques et de sauvegardes au cours de la modernité philosophique en particulier depuis l’avènement de la philosophie kantienne.

La prétention du discours métaphysique qui était celle de connaître l’infinitude de l’Être ne su survivre à la Critique de la Raison pure. Les objets qui sont ceux de la réflexion métaphysique, les concepts en tant que concepts, sont, dans le cadre de la théorie de la connaissance kantienne, inscrits dans le soustrait de toute phénoménalité. Leur expérience nous ne pouvons faire, ils sont donc, selon l’avis de Kant, inconnaissable…

Loin de vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, Kant effectue une sauvegarde de la métaphysique par un transfert de cette dernière vers la philosophie pratique qui partage avec la métaphysique une « pulsion » en commun : toutes deux sont orientés vers le royaumes des fins ultimes ; finalités des actions pour la morale et finalités du monde pour la métaphysique. Ma connaissance de la philosophie kantienne étant toujours trop limitée, je suis dans l’incapacité de pouvoir sortir de cette situation de généralité banale à partir de laquelle j’essaie de tester la fécondité de mes réflexions ! Cela étant dit, malgré la difficulté que cela représente, je crois que ce transfert de la métaphysique vers la philosophie pratique a des conséquences notables :

  • L’ouverture sur une expérience intérieure de ce qui est métaphysique qui se dérobe à la connaissance ; le sentiment d’une certaine conception de l’infini, d’une certaine conception du bien, etc.
  • L’arrimage ferme entre la pensée morale (Moralität) et la réflexion métaphysique où chacun n’est qu’une face différente d’une même médaille.

Pour Hegel, ferme critique de Kant, l’idée d’un en-soi qui se soustrairait à la connaissance parce que non phénoménalisé est non recevable. Comment ce qui permet la connaissance et en est son expression la plus parfaite peut-il se soustraire à la connaissance elle-même ? Ainsi, pour Hegel, l’en-soi prend une forme toute différente ; celle d’une connaissance reçue, non questionnée, qui exprime une vérité qui peut être reformulée lorsque l’expérience contredit cette identité entre le concept et la chose qu’est l’en-soi. Ce qui était rejeté de la connaissance par Kant est réintégré par Hegel. La métaphysique – qui prend la forme de la Logique dans son système – permet une connaissance. De la division kantienne, la raison retrouve, à travers Hegel, une unité.

À ma connaissance, il ya cependant la survivance d’un élément kantien (parmi tant d’autres !) chez Hegel, celui d’expérience métaphysique qui est celle de l’unité de l’être et de la vérité, du sujet et de l’objet qui peut être intuitionnée à travers la présentation à soi de l’idée de la mort. Expérience négative de la mort, intuition de la dissolution d’un étant retournant dans l’infini d’où il s’était séparé. Expérience négative d’une théodicée sécularisée où « l’être-là (Dasein) temporel sert l’éternel par l’anéantissement qui habite son concept [en tant que fini], un éternel qui se présente dans l’éternité de l’anéantissement. » (Id. Dialectique négative, p. 437.)

Depuis Hegel, la mort est ce qui permet l’entrée dans la métaphysique car elle est le symbole de cet infini duquel nous venons et vers lequel nous retournerons impérativement et par lequel nous délimitons et déterminons notre expérience dans ce monde.

Le primat de l’objet proposé par Adorno tente, pour plusieurs raisons que je ne présenterai pas maintenant car elles me sont encore trop étrangères, de renverser ce rapport à la mort et de s’ouvrir à un infini de l’être qui ne passe pas par sa néantification. De savoir si le néant est quelque chose qui, ontologiquement parlant, est, je n’en ai aucune idée. Je pense surtout que la capacité de néantification est une capacité humaine qui s’exprime mieux que nulle part dans la politique. Cet infini de l’être passe, selon Adorno, par un rapport ouvert à l’objet ; une ouverture qui ne vise pas sa compulsive fermeture dans l’identité du concept. (À ce sujet voir le très formel Notes sur la pensée philosophique dans Notes critiques, sur lequel je reviendrai nécessairement.) S’opposer aux métaphysiques de la mort c’est aussi s’opposer au primat du concept, car l’expérience métaphysique dérive ni plus ni moins de l’expérience de la chose. Cette métaphysique prend donc la forme non plus d’une philosophie première, mais bien d’une philosophie dernière. Philosophie qui critique la violence que le concept peut enclenché dans l’expérience, mais qui sais que la pacification de l’existence ne passe pas par autre chose que le concept lui-même en tant qu’il permet la détermination historique de la praxis.

Je n’ai pas pris la peine d’expliquer les raisons qui poussent Adorno à vouloir sauvegarder la métaphysique pour une raison bien simple : je ne le sais pas moi-même. Les raisons qui me poussent à vouloir conserver la métaphysique tergiversent entre le mysticisme et une intuition forte qu’il y gît quelque chose de fondamental et à ce niveau la prudence est de mise.

Vendredi, janvier 29, 2010

Dans l’attente d’un retour inattendu

Il y a belle lurette que je ne suis pas venu ici, ni pour y écrire, ni pour y flâner. Je n’ai aucune justification, ni à vous donner, ni à inventer. Je n’avais aucun objet de réflexion intéressant.

Récemment, je me suis lancé sur des nouvelles pistes de réflexions qui m’alimentent et me donnent l’impression de retoucher à une activité de l’esprit qui soit authentique. Mon être-là intellectuel a repris vie. Mais avant de se réjouir trop vite, je tiens à préciser que cette vie, plus que jamais, ne se déploie sous le mode de la douleur. La brisure qui est impliquée par mes réflexions me scinde moi-même. Cette lourdeur je voudrais l’assumer seul, mais je ne le peux complètement. Et c’est pourquoi je reviens ici, la présenter, la partager, car son fardeau m’est trop pesant.

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Comme certains d’entres vous le savent déjà, je désire dans un avenir rapproché, traiter de la question épistémologique chez Theodor W. Adorno, plus précisément en ce qui concerne les sciences sociales et leur rapport à l’objet dans une perspective éthique qui se fonde sur un rapport ontologique. L’idée en gros est de vouloir proposer une morale de la pensée pour la sociologie qui lui permette d’être à la fois critique et éthique à la base de sa réflexion et non pas que la critique et l’éthique soient des éléments ad hoc de la réflexion que nous pourrions tout simplement cumulé – ou non – après s’être « confronté » à l’objet. Ce que visent mes réflexions est de montrer qu’il y a, au sein du mouvement même par lequel je me confronte à un objet, une ouverture critique et éthique qui passe par le respect de ce qu’il y a de non-identique au sein d’un objet et qui par là résiste à sa conceptualisation même.

Or, cette réflexion épistémologique ne peut être présentée comme autonome, elle doit être liée à une question plus large : quel est le rapport socialement déterminé avec lequel nous rentrons en relation avec un objet ? Ainsi, de l’épistémologie, nous passons à l’ontologie.

Or l’ontologie n’est plus une discipline qui peut être pratiquée sans justification sur sa nature et sa définition. L’ontologie n’est pas un discours qui est séparé de la temporalité et de la localité de celui qui le rédige. Il en est au contraire l’expression la plus universelle de la détermination de cette éphémère qui vise à devenir éternel. On ne peut penser l’ontologie à l’extérieur des conditions sociales dans laquelle elle se présente.

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Depuis Hegel et ce jusqu’à Heidegger, l’expérience préméditée de la mort était celle qui privilégiait le rapport que nous entretenions avec la réflexion métaphysique.

La mort pour Hegel était la dissolution du sujet qui retourne à l’unité éternelle du monde, unité brisée par le déploiement de l’être lui-même dans sa quête de l’absolu. L’intuition humaine de l’expérience de la mort, de cette dissolution négative permettait son expression positive dans la réflexion sur l’unité d’origine de l’Idée Absolue. La mort comme point d’entrée dans la réflexion ontologique.

Pour Heidegger – celui de Sein und Zeit –, la prise de conscience de la mort est un appel lancé à l’être qui est sommé de se définir et de se doter d’un projet de peur de sombrer dans l’absurdité. Prise de conscience de la mort qui ouvre sur la réflexion sur un étant puis s’ouvre sur l’existence entière, l’être-là, le Dasein.

Ces présentations sont, bien entendu, schématique. Heideggeriens de tout accabit ne me sautez pas au visage si promptement!

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Me dirigeant de plus en plus la tête baisée vers les réflexions ontologiques qui sont celles d’Adorno, je me frappe à cette difficile question – qui est fondamentale dans la formulation d’un projet métaphysique aujourd’hui – de l’expérience de la mort après Auschwitz.

Je ne sais si je réussirai à faire le tour de la question avec vous, ni si ce qui sera présenté ici sera par trop fragmentaire. Mais ce sont des questions sur lesquelles je ne veux pas me donner d’obligation à répondre.

Je terminerai simplement par une citation du dix-septième aphorisme des Minima Moralia d’Adorno :

« La liberté s’est concentrée en négativité pure et ce qu’on appelait à la fin du siècle “mourir en beauté” s’est limité au souhait d’abréger l’avilissement infini de l’existence ainsi que de la douleur infinie de l’agonie, dans un monde où depuis longtemps il y a bien pire à craindre que la mort. La fin objective de l’idéal humaniste (Humanität) ne veut pas dire autre chose. Elle signifie que l’individu en tant qu’individu, en tant que spécimen de l’espèce humaine, a perdu l’autonomie grâce à laquelle il pourrait réaliser le genre humain. »

Lundi, septembre 28, 2009

Le retour du refoulé

Un petit mois de silence ce n’est pas grand’chose, un mois dans une relative obscurité pour revivre ma vie là où je l’avais quittée. Le même dans un tout différent, je suis devenu métaphore de ce que j’étais et le référent immobile par lequel on m’interpelle tire en arrière le référé qui ne se reconnaît plus.

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Faire son territoire, c’est animal et agréable. Ne pas pouvoir l’établir provoque en moi une colère qui n’est guère plus civilisée. Ce n’est pas mon territoire de manière exclusive, quiconque peut y entrer et venir y vivre. C’est un espace physique qui me ressemble mentalement où mes angoisses ne trouvent pas de prises sur le réel.

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La vie après une parenthèse n’est pas une simple continuation. Vivre cet enchassement de deux moments distincts c’est s’exposé au retour du refoulé, de celui qu’on croyait avoir dépassé comme de celui dont on ignorait l’existence même. Si l’aufhebung se traduit comme dépassement-conservation, celui qui n’y voit que le dépassement positif refoulera la conservation. La laisse autour de son coup se resserera d’un cran alors qu’il pavanera sa liberté nouvellement acquise.

Jeudi, août 13, 2009

Un dernier regard sur toi

Depuis près d’une semaine maintenant, mes promenades dans Bruxelles deviennent de plus en plus étranges. Cette ville où j’ai mis un an à découvrir et connaître les grandes lignes pour m’y repérer et le petits coins agéables pour m’y reposer, m’apparaît désormais différente; des bâtiments plus discrets se révèlent à mon regard, de nouveaux détails architecturaux ou urbanistiques me heurtent comme de nouvelles évidences.

Juste avant le jour appréhendé de mon départ, je réalise que cette ville est presque plus mystérieuse maintenant qu’elle ne l’était au départ. Au tout début, elle était cette inconnue dont je voulais arpenter le corps, épouser les formes, connaître les atouts, dominer les points de vues. Comme cette quête initiale, et à maints égars initiatique, s’accomplit assez aisément, Bruxelles devenait familière tout en restant enchantée; animée elle l’était de sa propre impulsion constamment renouvelée, conatus d’une ville morcelée dans une unité confuse et en mouvement constant. Son identité est fluide sans être liquéfiée, la vie y peut être lente; pour celui qui est à lui-même son propre guide, pour l’autonome, le quotidien est assurément agréable.

Son mystère, pourtant, prospère, son verni ne s’effrite pas devant les yeux des trop curieux; son histoire, les gens qui y ont vécu et qui l’ont transformé laissent des indices ici et là dans une totalité à la fois chaotique et malgré tout porteuse de significations.

Demain, je glisserai dans tes rues avec les yeux écarquillés d’un enfant sachant qu’il fera la connaissance de la nostalgie; de la douleur du retour. Je poserai mon regard sur toi et tu te révéleras encore renouvellée, rien ne m’echaperas sur le présent afin de te laissé sombrer doucement dans le flou de mes souvenirs.

Un dernier regard sur toi dans une ultime danse où je me saoulerai de tournoyer dans tes bras avant de te quitter.

Vendredi, août 7, 2009

Le jour où le présent cessa d’avaler l’avenir

Il y a bien longtemps que je ne suis venu m’exposer ici; l’été m’incite à de nombreux comportements qui n’ont rien à voir avec la routine habituelle. Appelez ça de la schizophrénie si vous voulez, n’empêche que je garde certaines régularités dans mon écriture qui changeant de média, change de contenu et de forme.

Parlant de forme, il est depuis longtemps évident que j’ai misérablement failli à attribuer une forme convenable à ce carnet qui n’a jamais été à la hauteur de mes ambitions qui, pourtant, ne sont malheureusement pas extravagantes.

Pour la poignée de personne qui, de façon périodique, vient posé ses yeux sur les lignes que je pose ici je ne veux rien promettre, mais j’ose tout de même annoncer des changements desquels je n’ai encore aucune image, ni imagination, mais de nombreux désirs d’animations.

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Avant hier, sans trop savoir pourquoi, brusquement, j’ai abandonné toute activité en cours pour regarder la bibliothèque dans ce pseudo nouvel appartement bientôt ancien, sans trop le savoir pourquoi je saisi un livre de Kundera. Jadis, j’avais lu L’insoutenable légèreté de l’être, j’en ai gardé un souvenir flou mais agréable; un plaisir dispensable, mais pas nécessairement dépourvue de tout signifiance. Maintenant, j’avais dans les mains L’ignorance et j’aurais été bien mal placé pour expliquer pourquoi je commençai alors que tant de tâches m’interpellaient.

Il y a des moments comme ça, où l’on reste une peu ébahi parce qu’une impression d’être pris en charge par une force demeurant inconnue. Il y a des moments où j’appelle ça du hasard, d’autres où c’est si perplexant que je ne trouve pas les mots pour exprimer sans me résigner à utiliser ce terme, trop paradoxal, de destin.

Les mots de Kundera me firent cet effet; dans la légèreté qui est la sienne, propice à être apprécié en canicule lorsque la concentration flanche au fur et à mesure que le thermomètre grimpe; ses mots me firent un baume de fraîcheur. Dans une incroyable simplicité, il expose à travers sa narration tant de points d’ombres que depuis longtemps j’essaie de clarifier sans avoir réussi à mettre de l’ordre dans ce fatras. Ce n’est pas miraculeux, mais c’est comme rencontrer quelqu’un qui vous dit ce que vous avez voulu vous dire depuis un certains temps déjà. Il l’expose à sa manière conservant la nécessaire distance afin que le mouvement de la réflexion reprenne sens et que sa destination soi de nouveau mienne.

Ce matin, je suis empli d’une puissance nouvelle; je cesse d’emprunter du temps à l’avenir tel le gambler au créancier, je réalise l’avenir au présent, tout ce que je me dis que je devrais faire je ne le relègue plus aux calendes grecques; j’ai enfin envi de passer à l’action.

Ce qui veut dire: À bientôt!

Dimanche, mai 31, 2009

Voici une offrande pour vos tendres oreilles

Il n’est pas dans mon habitude de mettre des vidéos, mais je viens de découvrir quelque chose de jouissif. Alors que je cherchais à revivre des souvenirs de 1998 – 11 ans déjà! – je tombe sur un quatuor à corde qui joue du Marilyn Manson. J’ai prié pour que ce soit «dodécaphonisant», pas trop, mais bien atonal quand même! Il n’y a rien à voir tout à entendre.

The String Quartet Tribute to Marilyn Manson – The Dope Show

Dimanche, mai 31, 2009

La tache

Sur les divers objets que je possède, il est facile de savoir ceux auxquels je voue une certaine affection: tous sont maculés de café. Si un objet n’a ni tache, ni odeur de café alors il est fort probable qu’il me laisse indifférent. Quelques-unes de mes possessions résistent à cette généralisation: ceux que j’aime trop, qui me sont précieux pour une raison ou pour une autre et que je manipule avec soin tout en sachant que tôt ou tard la loi de Murphy viendra accomplir ce qui est fatalement destiné.

Aujourd’hui, alors que je lisais un des plus horribles livres qui m’ait été donné de lire, le Tractatus Logico-Philosophicus de Wittgenstein, je me suis surpris à vivre un certain plaisir. La philosophie me fait vivre plusieurs types de plaisirs, le degré zéro étant toujours le même : le plaisir de comprendre ce qui tente de s’exprimer. Je vivais donc ce degré zéro du plaisir philosophique avec Wittgenstein et je ressentais une certaine honte devant cet indigeste opuscule. Ce moment de ma vie devait rester privé, me disais-je…

À ce moment même, je renversai du café sur le livre, tache acariâtre qui consacrait pour l’éternité un plaisir qui n’avait même pas duré un instant. Quelle trahison! Je ne pouvais plus admettre devant le monde entier que Wittgenstein m’avait laissé indifférent.

Quelles infamies venais-je d’attirer sur moi?

Vendredi, mai 15, 2009

Délire d’irresponsabilité

Comme j’aimerais être un lotophage.

Mardi, mai 12, 2009

Une goutte de Sénèque.

«Faire le délicat devant l’indigence, est-ce tolérable?»
Sénèque, Lettre 58.

La dentelle ne peut embellir l’absence de pensée, elle est néant qui néantise.