Mercredi, mars 5, 2008...23:52

De gagner et de perdre quoi?

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C’est la page couverture qui me l’a fait réalisé; c’était dans ma tête depuis longtemps, mais ça germait inconsciemment. Sur la couverture on n’y lit rien de fabuleux, mais il y a un dessin de jeu de marelle et l’on voit dans la case supérieure l’inscription du but implicite de ce jeu: CIEL. C’est simple le but c’est de gagner son ciel. Quoi de neuf? Mais, on dit aussi: «Gagner sa vie». Est-ce que cette différence implique quelque chose? Ou bien c’est moi qui fabule…

«Gagner son ciel»

Principe évidémment chrétien, qui propose une forme de libre arbitre qui se solde par un jugement moral. Pécheurs que nous sommes, le ciel n’est pas acquis; n’y entrent que ceux qui le gagnent. Et comment le gagne-t-on ce ciel? Bah ça personne le sait vraiment, mais il y a quand même les dix commandements, il y a les principes moraux et les maximes. Vous pouvez être un bon scout, ça revient peut-être au même, en plus vous vendez des calendriers et puis un habit de scout c’est plus coloré qu’un habit de moine. Mais «gagner son ciel» ça implique quand même un minimum de philosophie: le ciel est un endroit incompatible avec la chair, il est donc accessible à notre âme désincarnée une fois qu’elle est libérée de ce qui consituait le stigmate de notre péché originel: le fait que papa «fittais» dans maman! Il ya la vie terrestre et il y a le paradis, on a la liberté de mener notre vie comme on veut et le jugement final sera lui de savoir si on a gagné ou bien si on a perdu. Le jugement est transcendant – qu’il soit un vrai jugement ou non il est extérieur à nous – et le principe est moral – avons-nous été de bon fils, Père?

«Gagner sa vie»

Selon moi, ce principe serait plutôt lié à l’économie libérale marchande – mieux connue sous le nom de capitalisme. Le fait de «gagner sa vie» implique que la vie n’est pas acquise qu’il faut la gagner. Or «gagner sa vie» signifie «travailler». Bien beau principe: l’existence humaine ne devient qualifiable qu’à l’intérieur de travail. Evidemment, le travail c’est une question de vie ou de mort: même si on est en vie sans travail, la mort est une option enviable… être chômeur ou mort… (Le second est socialement mieux accepté.) C’est loin d’être un jugement moral, c’est une obligation d’ordre ontologique. Il n’y a pas de libre arbitre ici: c’est l’ordre. L’ordre n’est même pas extérieur; il est intériorisé: le travail donne et maintient la vie. Tant et aussi longtemps qu’il s’agit de «gagner son ciel», on a le choix si le coeur nous en dit de déroger à la règle: on peut certes se sentir coupable, mais le référent juridique est transcendant. Lorsqu’il est question de «gagner sa vie», le tout est immanent de manière tellement profonde que même si on est pas du type à se culpabiliser, vouloir déroger au modus vivendi de la société libérale marchande c’est faire face à la culpabilisation vicérale d’un estomac gromelant.

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La religion c’est une sale affaire, mais, plus j’y pense, plus son oppression était ouvertement sale et en un sens bien plus honnête. Le capitalisme c’est une sale affaire en plus d’être hypocrite.

L’immanentisation des principes politiques et juridiques me semblent à cet égard pernicieux: si je n’ai absolument rien contre une politique des affects, j’émets des réserves sur la politisation des affects. Un politique sentie et non pas une politisation de l’émotion. Lorsque les référents d’autorités et de pouvoir sont immanentisés, les risques sont grand qu’ils soient intériorisés et que le référent perde son visage: lorsque le principe d’autorité devient sans visage il bascule dans l’arbitraire… Autorité et arbitraire me semblent un cocktail nocif: malheureusement l’humanité nous en a déjà donner des exemples.

Selon moi, l’immanence politique ouvre des portes non souhaitables… tout comme l’a fait la transcendance absolu au cours de l’histoire. La différence c’est que le «non souhaitable» réfère à deux situations différentes.

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Pour la gratuité de la vie! En ce qui concerne le ciel: l’enfer me semble plus amusant et en plus le chauffage est fourni.

Albrecht Dürer – Les quatre chevaliers de l’Appocalypse – 1498

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