Samedi, mars 15, 2008...14:33

Du droit à la dissidence…

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Je m’insurge au quotidien, j’essaie de vous l’épargner: ce n’est pas bon pour les nerfs… Jadis, je le faisait ouvertement: avec mes pantalons kakis plein de «patchs» et ma grande gueule qui devait se la fermer lors des retenus d’école secondaire qui s’accumulaient pour s’entasser dans les précieuses fins de semaine de la fin du mois de mai quand il y a tellement mieux à faire…

Aujourd’hui je m’insurge à propos d’une situation bien particulière qui pourrait avoir des conséquence extrêmement grave sur l’avenir de la belle province. Vous ne savez probablement pas que je suis étudiants à l’UQAM. Peut-être l’aviez-vous deviné? Tant mieux dans ce cas là, mais c’est dans le très superflu actuellement. En ce moment, plusieurs étudiants de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sont en grèves contre ce qui est maintenant connu sous le nom de plan de redressement. Si vous ne connaissez pas la situation, je n’en ferai pas un résumé ici, mais sachez que la documentation abonde en ce moment sur la toile… Cette grève dure déjà depuis cinq semaines pour certains. Depuis le début l’administration refuse toute forme de dialogue avec les étudiants clients. (C’est bien connu, on ne négocie pas avec des clients: on commande des sondages à leur propos) Au lieu du dialogue, les étudiants ont eu droit à une escalade des insultes – mieux connues sous le terme de violence institutionnelle. Au départ, la grève était un boycott, cristalisant les étudiants dans une vision clientéliste qu’ils rejettent évidemment. Par la suite, les étudiants ont eu droit à une campagne de peur: trois exécutants d’associations facultaires ont été suspendu pendant vingt jours par un comité d’intervention où les accusateurs, les témoins, les jurys et les juges étaient simultanément les mêmes personne. Je vous laisse choisir entre Kafka ou Staline… Depuis, la grève continue, elle s’élargie, elle s’émancipe. Ce n’est pas le plus grand mouvement social, la base de militants n’est pas aussi grande que tous pourraient le souhaiter, mais le mot cours: «On a le vent dans les voiles!»

D’accord, on a le vent, mais il y a deux vents. Deux vents; un fort et l’autre puissant, les deux n’ont pas la même direction… la tempête approche. L’administration voit que le mouvement prend un peu d’ampleur, elle joua ce que nous pensions être sa «dernière carte»: une mesure proposée à la commission des études (CE) visant à forcer le retour en classe, par la menace d’un échec et du même coup réprimant les professeurs qui ne donneraient pas leurs cours en les privant de salaire. Pris de panique les étudiants ont pris la menace au sérieux: le CE n’aura pas lieux! Un gros morceaux de fromage empoisonné pour des souris enragées parce que trop baîllonnée. Il y a du brasse camarade, il y a des bris matériels et pour une n-ième fois la police arrive. D’accord, les étudiants manquent de vertu, mais nos administrateur-éducateurs sont machiavéliens. La seule vertu qu’ils ont est celle de leur pouvoir, du pouvoir d’avoir la violence légitime avec eux: ils ont le discours, ils ont la force physique… nous n’avons que nos corps, notre voix ne les atteints pas, nos réflexions ne les émeuvent pas…

Désolés d’en être rendu là, plusieurs espèrent que cela n’aura plus à se produire… Le lendemain survint le coup de grâce: l’UQAM entamme des procédures judiciaires contre les associations étudiantes pour instaurer une injonction visant à interdire la grève, les manifestations, sous peine d’emprisonnement et/ou d’une amende de 50 000$. Ce qui est en jeu ici, c’est la non reconnaissance du droit associatif, du droit à la dissidence, le droit à la liberté d’expression, le droit à la grève. Cette mesure si elle est entérinée par le juge fera précédent: aucune grève étudiante ne sera plus toléré…

La question dépasse tout d’un coup l’idée de savoir si il faut être pour ou contre la grève: il s’agit de savoir si il est acceptable de laisser se faufiler une mesure d’exception de cette envergure visant à nous priver de nos droits sur le long terme. Le temps de l’indignation volontaire bourgeoise est dépassé, s’insurger est ce qu’il nous reste… Le langage porte encore la possibilité de libération, mais sans tribune nous sommes voués à l’impuissance…

L’UQAM est devenu un camp… bientôt vous en serez un vous aussi…

 

Michel Cizek, Two Cubic Meters of Human Rights, Amnesty International

3 commentaires

  • “Le langage porte encore la possibilité de libération, mais sans tribune nous sommes voués à l’impuissance…”

    La situation est particulièrement désespérante. En effet, nous avons besoin d’un espace où prendre la parole et la Direction avec un grand “D” vient de nous tirer le tapis de sous nos pieds, nous laissant ainsi nous tenir ferme sur le vide et le néant.

    Mais il y a tout de même une part de moi qui espère que cette claque ne v que tourner la page vers quelque chose de totalement différent.

    En 2004, Mascotto avait dit qu’il était bien content que Bush repasse. Je lui ai demandé pourquoi. À cette question, il m’a répondu qu’il préférait un vieux conservateur qui mettrait en lumière facilement les contradictiosn du capitalisme que le démocrate qui les cacherait.

    Peut-être faisons nous face à une situation semblable? Peut-être qu’en réaction aux conneries de l’UQAM, qu’un réel changement puisse avoir lieu?

    Je suis peut-être trop optimiste.

    On s’en reparle en personne, je suppose.

    Solidarité et amitié,

    le gentleman boxeur

  • Tu es peut-être trop optimiste, mais ton optimisme me fait du bien. Ce n’est pas un «cheer up mate!», ce que je comprend de ce que tu me dit c’est que malgré toute l’unidimensionnalité discursive se cache une réalité ambivalente et changeante.
    Certes tout n’est pas perdu, mais il y a des moments comme ça où on se demande sérieusement comment ne pas baisser les bras.

    Merci pour ton baume
    L’Amnésique

  • Commentaire intéressant et bien formulé. J’aime beaucoup ton style d’écriture. :)


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