Depuis vendredi, je spécule sur les différentes conséquences que pourra avoir l’injonction qui a été servie à la population étudiante de l’UQAM. (J’essaierai de faire en sorte que ce soit le dernier billet sur ce sujet, les soixante-douze dernières heures ont été consacrées à une série d’affects pas trop réjouissants en lien avec cette injonction.)
Mise en contexte
Claude Corbo – recteur de l’UQAM – cherche sa liberté de direction sur l’institution. Son cauchemar serait une plus grande ingérence du ministère ou, encore pire, une mise en tutelle de l’université publique de la métropole. M. Corbo semble avoir baissé les bras dans ses demandes au gouvernement en ce qui concerne un réinvestissement massif de la part du ministère; probablement juge-t-il la situation défavorable, que ce serait du temps perdu? Il a, au contraire, décidé de faire une démarche alternative: restructurer l’UQAM et assainir ses finances. Montrer sa bonne volonté et son efficacité, démontrer qu’il est un bon gestionnaire quitte à démonter l’UQAM. Sauvons la forme, peu importe le contenu!
Le rapport commandé par l’UQAM à la firme Price Waterhouse Coopers (PWC) fait mention qu’un réinvestissement massif de la part du ministère est une nécessité afin que l’UQAM puisse poursuivre sa mission première: l’éducation et la recherche. Si tout le monde parle de réinvestissement et non pas d’investissement, c’est que l’État québécois s’est désinvesti depuis les 20 dernières années en éducation post-secondaire, ne comblant pas la demande et laissant une abîme financière aux universités – en particulier les universités publiques, surtout celles qui ne carburent pas aux fondations comme le font la plupart des universités.
Claude Corbo remarcherait sur ses pas s’il retournait au ministère de l’éducation quémander de l’argent. Du même coup, vouloir être un bon gestionnaire s’avère une tâche qui semble impossible à réussir…
Spéculation
Désirer montrer être un bon gestionnaire, c’est montrer qu’on est la personne à la hauteur de la situation. L’attitude de Claude Corbo devant les étudiants en grève n’est pas digne de la bonne gérance souhaitée par le discours du rectorat. Faire fi de l’existence d’une grève étudiante en n’ouvrant aucune table de négociation, voilà ce que la gestion demande?
Au lieu de tout cela, M. Corbo n’hésite pas à montrer des signes de débordements: recours multiples aux forces policières et maintenant une injonction. M. Corbo semble plutôt appeler à la détresse.
Serait-il en train de stratégiquement demander la mise en tutelle de l’institution?
M. Corbo accuse les étudiants en grève de la baisse du taux d’inscription pour l’année scolaire 2008-2009, serait-il en train de donner un tour d’écrou supplémentaire?
Devant l’impossibilité d’exécuter son mandat dans les termes qu’il entendait, se déchargerait-il de sa fonction à travers la mise en tutelle en montrant les étudiants en grève responsable de cette situation?
Il est impensable que M. Corbo quitte sa fonction la tête base en affirmant ne pas pouvoir remplir son mandat. Il semble qu’il aura à prouver qu’il est capable d’éxécuter la tâche qui l’attend. Serait-il possible qu’il trouve un moyen de quitter la tête haute? En rejettant la responsabilité au ministère en blâmant les étudiants, le voilà prêt pour une retraite sans regret.
Réflexion
Dès que j’ai entendu M. Corbo, dès que je l’ai lu, je me suis dit que cet homme était machiavélien. La politique était pour lui affaire de pouvoir et de stratégie. Depuis, l’évolution du conflit m’a fait me demander quelle pouvait être sa position politico-stratégique…
Je ne sais trop…
Je revendique le droit à être ingérable; je souhaite l’échec du tournant technocratique de l’UQAM. Je veux sauvegarder l’UQAM dans son contenu et non seulement en sa forme. Une institution faisant office de coquille vide ne m’intéresse pas. Je redoute M. Corbo, je crains également la mise en tutelle de l’UQAM. Catch 22?
Non seulement les étudiants ne sont pas responsables de la situation actuelle de l’UQAM, ils sont victimes des compressions économiques depuis septembre. Non seulement les étudiants ne sont pas écoutés par leur administration, ils sont culpabilisés pour la baisse du taux d’inscription. Quand seront-ils accusés de la mise en tutelle de l’UQAM parce que ce sera la sortie facile d’une situation criante d’urgence qui concerne une société au complet et non pas le mandat d’un seul homme.
Claude Corbo…never more!

