Ce matin, j’ai lu ceci. Cet après-midi, nous avons écrit cela:
La grève : démocratique et nécessaire
Depuis le 11 février dernier, l’Association facultaire des Étudiants en Sciences Humaines (AFESH) mène une grève générale illimitée ayant pour objectifs de protéger l’accessibilité aux études supérieures et de sauvegarder la mission de l’UQÀM qui ne saurait être compromise par les mauvaises décisions de ses gestionnaires.
Cette grève fut déclenchée lors d’un vote tenu en assemblée générale. À la lecture de la lettre ouverte du mardi 18 mars, écrite par l’étudiante Pascale McLean, il semble que certains étudiants se sentent floués par les procédures démocratiques utilisées afin de reconduire cette grève. Entre autres arguments, l’auteure évoquait la faible participation étudiante lors de ces assemblées, et proposait que le vote soit plutôt tenu par référendum ou encore, par un scrutin internet.
Nous souhaitons revenir sur les critiques affirmant que notre mode de décision ne serait pas démocratique, ou qu’il empêcherait la prise de parole de certains membres. En premier lieu, l’assemblée générale est un lieu ouvert de discussion et d’information où chaque vote est mené en toute connaissance de cause par l’ensemble des votants. Nous maintenons ce moyen afin que tous aient accès à la prise de parole ainsi qu’à une information dispensée par les membres qui souhaitent s’adresser à l’assemblée. On ne saurait voter sur un enjeu aussi important que celui d’une grève générale en ne s’appuyant que sur nos préjugés personnels et sur les ouï-dires, sans avoir eu la chance de se confronter à la discussion publique qui permet de mettre en commun visions politiques, opinions personnelles et autres arguments. C’est seulement lorsque l’opinion quitte son isolement et se confronte au regard de la communauté qu’elle prend toute sa valeur politique.
Tous les membres de l’AFESH sont tenus de se présenter en assemblée et de défendre leurs points de vue face à la collectivité démocratique. Si les membres s’opposant à la grève ne se présentent pas aux assemblées, ou n’y présentent pas leurs arguments, s’ils acceptent volontairement de s’exclure d’un processus démocratique, ils ne peuvent remettre en question son issue. Il est réellement regrettable que cette «majorité silencieuse» ne prenne pas parole lors de nos assemblées, mais il serait illégitime de remettre en question un mode de décision réellement démocratique sur la base du fait qu’un certain nombre de gens se désintéresse de la question politique ou de son exercice.
Si la position hostile à la grève ne trouve pas écho au sein des assemblées générales étudiantes, ses tenants devraient envisager que c’est peut-être parce que cette position s’avère difficile à défendre devant leurs pairs compte tenu de la gravité de la situation que l’UQÀM traverse. Concédons que de faire la grève implique certains sacrifices et renoncements individuels, de même que plusieurs inconvénients pratiques. Mais ces désagréments sont bien peu face à la mise en pièce effective des institutions publiques d’enseignement. C’est au nom d’une lutte qui nous dépasse, et qui engage notre responsabilité comme membre d’une communauté politique, que nous sommes prêts et prêtes à mettre de côté, pour un temps, notre confort quotidien. N’en déplaise à Mme McLean, on ne saurait décider de l’avenir de notre société sans débat comme on éliminerait un lofteur.
La démocratie n’est pas qu’un slogan vide.
Joanie Bolduc, maîtrise en Sciences des religions, UQÀM
Anne-Marie Boucher, maîtrise en Sociologie, UQÀM
Ambroise Guay, baccalauréat en Sociologie, UQÀM
Jonathan Leblanc, diplômé en Droit, UQÀM
William Ross, baccalauréat en Histoire, Culture et Société, UQÀM

5 commentaires
Mardi, mars 18, 2008 à 21:05
Ça pourrait passer pour de l’évidence pure, mais je supporte pleinement cette lettre.
Minh Nguyen, maîtrise en communication, UQÀM
Mardi, mars 18, 2008 à 22:06
Je seconde.
Catherine Langlais, baccalauréat Histoire, culture et société, UQAM
Mercredi, mars 19, 2008 à 22:56
Je dois t’avouer que c’est aussi une parti du texte qui me dérange un peu… Nous avons écrit ce texte dans l’intention qu’il soit publié, ça n’a évidemment pas été le cas.
L’idée derrière la phrase est de vouloir marteler sur l’idée que l’exercice démocratique est quelque chose que l’on investi et qu’il ne s’agit pas d’une pratique passive comme le laisse croire la démocratie représentative. Nous désirions ensuite la tourner dans un sens plus journalistique, question de stratégie, sans toutefois utiliser un langage complètement technocratique – dont nous avons le parfait exemple dans le texte auquel nous répondons.
Je dois avouer ne pas saisir lorsque tu réfères à:
«envoyer à votre sectarisme et d’invoquer des problèmes de personne».
L’idée d’une démocratie par scrutin internet a réellement été invoquée et personnellement elle m’effraie énormément. Il faut absolument qu’un tel débat ait lieu et, devant l’apolitisme qui se généralise, je crois qu’il ne faut pas avoir peur de provoquer un petit peu (avec les défauts que ces paroles peuvent avoir), afin de délier des langues qui trop souvent se taisent.
Si toutes les formes de démocraties commence à être remplacées par des modes alternatifs utilisants les nouvelles technologies, non seulement nous exposons-nous à de grave dérive au niveau du contrôle, mais comment déclarer qu’un espace composé de fibres optiques, de flux de codes binaires et de megaoctets peut constituer un espace de liberté. Le jour où cela sera effectif, si le fascisme n’est pas implanté, il ne sera pas loin…
Dans ce sens, une petite phrase qui peut cassé un texte, peut également nous renvoyer à une ouverture plus grande sur le dialogue.
Vouloir affirmer une volonté de triomphe dans une argumentation pourrait avoir l’effet contraire…
Merci de tes commentaires!
L’Amnésique
Mercredi, mars 19, 2008 à 22:24
c’est beau, ça rutile, jusqu’à l’avant-dernière ligne (N’en déplaise à…) et là tout s’écroule. Pourquoi cette pique amère et inutile ? j’ai l’impression que la formule était tellement belle qu’il fallait la placer, mais Mme (Mlle ?!) McLean n’attaque absolument pas le FOND des revendications (et elle le dit au début !), alors pourquoi cette chute cinglante ? pourquoi cette attaque personnelle qui ne fait qu’alimenter vos détracteurs qui auront beau jeu désormais de renvoyer à votre sectarisme et d’invoquer des problèmes de personne ? dommage, la réponse était belle et l’argumentaire efficace.
Jeudi, mars 20, 2008 à 08:29
demeure que je suis d’accord sur le fond, la démocratie internet n’est qu’une étape de plus après la démocratie d’isoloir vers la dépolitisation de la politique et sa réduction à des choix individuels insignifiants.
en effet, pas très clair : la phrase voulait signifier que cela met de l’eau au moulin de vos détracteurs qui utilisent l’argument d’un “sectarisme” ou de “personnes” pour éviter de discuter le fond (comme semble le faire Mlle McLean).