Vendredi, mars 21, 2008...16:45

Être en détresse.

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Je dépéris en t’attendant; de toi, je me suis fait l’image d’une révélation. Bon an mal an, je suis à ta recherche; je travaille pour toi. Je dis «toi», comme si tu étais incarné. Je dis «être» comme s’il était question d’une forme d’existence. J’ai peur de t’avoir réifié…

Devant le constat que la vie semblait absurde, j’ai désiré le sens. J’ai voulu connaître le sens – peut-être celui, complètement transcendant, qui mènerait le monde, mais existe-t-il? J’ai espéré saisir le sens effectif, celui qui a cours dans le monde, celui qui incarne l’idée de totalité avec le lot de mensonge que cela peut comporter. Je suis à la quête de la direction bien réelle du monde actuel qui, à chaque pas que nous faisons, peu importe le sens, traduit notre existence comme une vélléité sapée à sa base. Nous sommes au sein d’une abîme, avons l’impression du néant et désirons le fond

Toute forme d’expérience est désormais classifiée selon un critère d’utilité.

Jusqu’à maintenant l’intuition reste palpable: le sens effectif est celui de la réalité du non-sens collectif, ayant comme résultante l’absurdité inquiétante. Au moment même où nous avons pris contrôle sur une partie de notre existence, nous constatons sa perte de signification…

Je n’ai pour image que ceci: Kerem Ozan, Untitled, 2007

La perplexité trouve son origine dans quelque chose d’extrêmement précis, dans une micrologie. Sa naissance a cours lorsqu’un soubresaut apparaît au sein du statique. Cette perturbation n’est que très rarement à l’intérieur même de l’objet statique; elle est, au contraire, souvent au sein même de l’esprit incapable d’ingérer la reproduction du même.

Il serait faux de croire que le sens réside dans ces convulsions de l’esprit, cette volonté serait gibbeuse et dangereuse. Il serait d’autant plus faux de croire que le sens réside dans le statique qui est l’imposteur incarnant la totalité.

Condition du mensonge / Oiseau calomnié, 2008

 

4 commentaires

  • J’imagine que tu as écrit ce texte après une lecture intéressante. Je sens toutefois un certain flou conceptuel qui, malgré qu’il montre bien la perte de sens, rend tout cela difficile à comprendre. :)

  • Existence oubliée

    Ce texte est le reflet de ce qui perdure d’un projet en germe, jamais entamé. Le flou n’est pas conceptuel, je pense qu’il est en deçà du concept ou plutôt préconceptuel. Est difficile à comprendre ce qui s’exprime difficilement car pensé avec difficulté.

    Merci,
    L’Amnésique

  • là où je ne suis plus, c’est que tu considères la perte de sens comme négatif (absurdité inquiétante / perte de signification) ; ou si je comprends bien la perte de sens collective rend les sens individuels insignifiants tant ils paraissent absurdes quand pris dans leur ensemble.
    je sens comme une hésitation à accepter la fin du “sens”, à finalement considérer le “sens” comme une question secondaire. Le sens n’est-il pas l’obstacle final à la fixation individuelle des valeurs ? c’est bizarre c’est souvent le genre de discussion entre nietzschéens et marxistes, comment faire sens du collectif dans l’inégalité des jugements de valeur ; comment faire sens de l’individu dans l’égalité des intelligences.
    ma question est : pourquoi vouloir regagner le sens à tout prix, est-ce la mélancolie d’une métaphysique ou des lambeaux de morale kantienne ? et, l’absurdité n’est-elle pas plus source de liberté que d’inquiétude ?
    je m’en tiens au mot de deleuze : “Le « signifiant », c’est vraiment le dernier avatar philosophique du despote.”
    anarkali – exil du sens ; sens de l’exil
    http://anarkali.wordpress.com

  • «Le sens n’est-il pas l’obstacle final à la fixation individuelle des valeurs ?»
    Probablement; et à cet égard je préfère le sens à la fixation individuelle des valeurs. Je suis quand même sensible à cette question, peut-être suis-je entre Marx et Nietzsche?
    Ma réponse ne saurait qu’être insuffisante; elle sera également plus sociologique que philosophique. Si l’idée d’un sens total ne se fait plus tellement sentir, il ne faut pas oublier que cette situation ne concerne encore qu’une minorité des populations en général. Je m’explique: face au nihilisme, l’occident a répondu par le renouvellement des croyances (nouvelles religions, marché et marchandise, etc.) À cet égard, il y a reproduction d’un sens à partir d’un pensé vers une réalité; sans être idéaliste, il serait absurde de concevoir que toute forme discursive n’a aucun impact sur le réel.
    Je considère que plusieurs de ces «sens» partiels aspirent tous à l’idée de totalité. La question de savoir s’il y a un sens à la totalité n’est pas tellement la question qui était posé ici, c’était au contraire de se questionner sur le sens imposé à l’idée de totalité.
    Je ne regretterais jamais la perte de sens du marché, mais la société libérale capitaliste a su mettre en pièce les communautés. Il serait à se demander si l’individu existe encore ou s’il ne reste de lui que quelque résidu de son démantelement psychique.
    Certes, il pourrait sembler libérateur de se débarrasser du sens, mais c’est ce que le capitalisme a fait en grande partie. Le processus du capitalisme n’était pas simplement de se débarrasser du sens, mais de l’investir d’un nouveau. Ce nouveau sens n’était pas libérateur, au contraire il a marqué, selon moi, une regression. Cette régression qui a encore lieu aujourd’hui dans tous les espaces de la vie humaine, me fait dire qu’avant toute libération par la mise au rencart du signifiant, il faudrait d’abord et avant tout reprendre possession de notre individualité et des communautés et cela ne peut que ce faire à travers un ordre symbolique. Et je crois qu’il est possible de créer un tel ordre symbolique qui ne soit pas complètement transcendant ou simplement dans les mains d’une élite tyrannique.
    Si par la suite, il serait souhaitable de ce débarrasser de cet «obstacle» qu’est le sens, je réserve mon jugement car il porte sur des conditions historique et sociale non-existante.
    Merci,
    L’Amnésique.


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