Des gens qui dévoilent leur profond intérieur, beaucoup ont l’impression de se déverser tel un encrier sur une table, de couler par terre, de laisser une trace permanente à l’extérieur d’eux-mêmes, de devenir vide. Tous ont peur de ressembler à une planche du test de Rorschach. Si un tel ressentiment est vrai, alors ce qu’il révèle est inquiétant: le jeu des apparences est à ce point le mode d’interraction social prédominant qu’il a désormais le monopole de la psyché. Si se dévoiler revient à se vider, quel est ce contenu vide et insipide? Sans être inexistant, ce contenu n’est-il pas lui-même épiphénomène du social?
Contre toutes attentes des behavioristes, le social a bel et bien préséance sur le sujet qui est devenu, à travers leur psychologie, un simple objet désindividualisé du social. Objet qui flotte dans un néant conceptuel étant donné que la psychologie normativisante se refuse d’homologuer l’existence du social.


5 commentaires
Lundi, mars 24, 2008 à 06:51
Puis je me permettre de nuancer vos propos ?
Je me permets …
“se vider” ne signifie pas, et ça, les scientifiques s’en arracheront sûrement les cheveux, être vide !
Pourquoi les individus s’attaquent à leur “intérieur” ?
Pour aller mieux !
Je me suis vidée la tête de souvenirs difficiles et parfois douloureux, pour aller bien ! pas pour être vide.
Ceci me permet justement de laisser toute la place au bien être qui m’envahit depuis que les fantômes ne me hantent plus.
Place au bonheur, à la joie de vivre !
C’est bien mieux que de tout garder en soi et d’en souffrir encore et toujours. Non ?
Pomme
Mardi, mars 25, 2008 à 02:34
Comment ne pas s’identifier à une société alors que nous en sommes issus; la rejetter c’est s’identifier à la négative.
Je ne perçois vraiment pas en quoi un tel acte peu montrer une telle forme de liberté. Peut-être suis-je trop obtu?
Certes, il faut affirmer, mais face à la situation actuelle, dire «oui» dans le sens ontologique, c’est selon moi dire non à presque la totalité de ce qui a cours, sauf l’extistence de la vie…
Encore là, je pense que de part et d’autre, beaucoup de tergiversations sont à attendre…
L’Amnésique
Mardi, mars 25, 2008 à 01:42
Je ne saurais vous remercier assez pour ces commentaires! Je suis extrêmement conscient que tous, malgré que certains le nient, nous avons nos «monstres intérieurs». Les expier est une chose très saine.
Ce à quoi je me frappe, c’est l’impression (et cela reste une impression, malgré que je l’aie inscrite en aphorisme) que certaines personnes se sentent vides lorsqu’elles expient ces «démons»; comme si ces derniers composaient l’entière partie de leur psyché. Il est indéniable que nos «fantômes» constituent une part de nous mêmes; à cet égard, les expier c’est en même temps les accepter.
J’ai l’intime conviction que la psychologie béhavioriale amène au rejet de ces «démons» (souvent issus du passé) sans considérer le lot de ce qu’il peuvent constituer de positif en nous. La preuve que j’en tiens est celle du vocabulaire de «monstres», «fantômes» et de «démons» qui est perpétuellement utilisé comme quelque chose à rejetter sans considération – le lien avec la morale chrétienne serait d’ailleur à étudoier (si ce n’est déjà fait).
Évidemment, il est plus utile de travailler sur ce qui nous affecte que «de tout garder en soi et d’en souffrir encore et toujours». Mais que toute forme de «traitement» psychologique insiste sur le fait que sa finalité soit: «Place au bonheur, à la joie de vivre !» De cela, j’en doute. Nous vivons, selon moi, dans une des époques les plus dangereuse et pernicieuse. (Sans pour autant vouloir vénérer le passé, je crois que nous gagnons à remettre en perspective la catapulte et l’arme atomique, l’autoritarisme paternaliste et le bio-contrôle. Je suis contre l’autoritarisme parternaliste et la catapulte, mais la situation actuelle dépasse largement leur cadre d’action)
Le point central de cet aphorisme pourrait tenir en cette phrase: «La psyché et le social ne font qu’un, et ce à tous les degrés; leur différence reste cependant objective dans le sens fort du terme.»
Pour approfondir, je dirais qu’il y a une relation intrinsèque entre la psyché d’un individu et la société d’où il émerge, tout comme il y a le même type de relation entre une forme psychique socialement valorisée et la société qui la produit et la maintient. À cet égard, dans l’ère de la «rationalisation technique» à laquelle nous assistons, le fait de tenir un discours sur une forme psychique particulière crée un modèle psychique à reproduire appuyer par diverse institutions sociales (éducation publique obligatoire, psychéatrie omniprésente, routine journalière de la reproduction économique du même, etc.)
Cela dit, étant donné que le behaviorisme pose le fait individuelle comme étant antérieur au fait social, il éclipse la possibilité que le social puisse interagir au niveau individuel. Si la psychologie comportemental donne importance au social, elle le fera dans la micrologie de la sphère familiale sans donner d’importance au lien que cette entité pourrait entretenir avec une quelconque totalité. Ce discours étant largement accepté et effectif dans la réalité – sociale – il retourne par en arrière dans la socialisation même des individus qui font société.
C’est en refusant de croire et de penser que les idées ont des conséquences objectives sur le monde que les méthodologies positivistes (behaviorisme inclu) croient en l’objectivité de leur méthode. Avec maintenant près de soixante ans d’institutionalisation en Occident, les sciences sociales positiviste et sa cousine, la philosophie analytique, ont conjointement réussi à modeler la réalité à leur image. Image refoulée au nom de la «neutralité axiologique»: la réalité anticipée a pour eux toujour été réalité; le niveau de violence et de réification de la société actuelle a toujours été ce qu’ils en ont dit. C’est en brandissant l’étendard de leur objectivité achevée que les risques de forclusions sont les plus imminents.
J’espère que cette longue explication (peut-être un peu trop longue) a permis à la fois d’appronfondir mon idée tout en la nuançant et en la radicalisant par le même fait.
Merci d’ouvrir une discusion, au plaisir de vous lire,
L’Amnésique
Mardi, mars 25, 2008 à 01:54
Bonjour,
Ma réponse sera plus courte.
Je pense que c’est à nous de faire la part des choses et de ne pas nous identifier à une quelconque société.
Je déplore depuis longtemps le fait de sectoriser les gens alors que le propre de l’individu est d’être unique.
A nous de creuser et d’apprendre nos vraies valeurs, quand nous le pouvons.
Nous devons apprendre aussi à refouler ce qui nous fait “non” pour ne garder que ce qui nous fait “oui”.
Mes fantômes et cie sont encore là, la nuance est qu’ils ne me hantent plus ! c’est ça le secret, les déterrer pour leur faire la fête !
Pomme
Mardi, mars 25, 2008 à 04:20
Oups ! je n’ai pas écrit que je rejettai la société ! loin de là.
Je ne m’intéresse qu’à ce qui me correspond, nuance !
Et mon “oui” est parfois en correspondance avec la société, voilà tout.
Il ne faut pas généraliser, il ne faut pas non plus tout prendre en bloc et accepter “bêtement” parce que c’est “un fait de société”. Sinon, je serais sans doute percée de partout, j’aurais peut être des tatouages, j’aurais une idéologie -mais laquelle ?- j’aurais un parti politique, j’aurais mon avis sur tout et sur rien … et je serais sûrement la reine des idiotes ! Etre reine des pommes me suffit amplement.
Pomme