Dimanche, avril 6, 2008...10:34

Légère ivresse

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J’ai le désir de la solitude, celui de l’altérité.

Depuis que j’ai voyagé pendant un an, j’ai réalisé la richesse de la solitude au sein de la masse en même temps que je désirais avoir quelqu’un qui aurais pu être poreux à ma présence.

Maintenant, il y a ces fois où je suis seul avec un peu de vin et qu’automatiquement je retrouve cet état d’âme. Vinas Vino veritas disaient les anciens, et c’est le cas: avec le vin je retrouve ma vérité… celle que je me cache, non par hypocrisie, mais par compassion à moi-même. Cette vérité qui m’effraie et qui effraie tous ceux qui m’entoure et qui savent ce qui en ressort. Une petite ivresse qui me permet de partir sans avoir l’impression que je devrais revenir… le lendemain je me réveille, je suis là, mais ça va déjà mieux.

Je m’ennuie du voyage… c’est la plus belle réalité car ce qui est accepté est refoulé (et vice-versa), les deux se combinent et donnent une intensité à l’expérience qui est intouchable. Tout passe vite, mais bien; c’est vaporeux sur le moment, c’est dans sa cristalisation comme souvenir que le plaisir se multiplie.

J’ai la tristesse de vivre à Montréal qui ne m’est pas du tout étrangère: elle m’emmerde parce qu’elle me ressemble. Si Montréal pouvait être mon altérité…

Et c’est dans cet état que je vous parle en ce moment, mais je n’apprends rien à personne.

2 commentaires

  • le vin était-il si mauvais qu’il devint “vinasse” ? ou bien l’ébriété provoque-t-elle quelque défaut de déclinaison latine ? Il demeure In vino veritas , j’en déduis en bon analytique que l’ivresse nous révèle la vérité du monde, que l’état de sobriété n’est donc qu’une longue hallucination terne qui ne se révèle comme telle qu’après quelques verres…
    ; un petit bout de poème pour cette fin de nuit :

    Ainsi va toute chair au cilice de sel, le fruit de cendres de nos veilles, la rose naine de vos sables, et l’épouse nocturne avant l’aurore reconduite…
    Ah! toute chose vaine au van de la mémoire, ah! toute chose insane aux fifres de l’exil : le pur nautile des eaux libres, le pur mobile de nos songes,
    Et les poèmes de la nuit avant l’aurore répudiés, l’aile fossile prise au piège des grandes vêpres d’ambre jaune…
    Ah! qu’on brûle, ah! qu’on brûle, à la pointe des sables, tout ce débris de plume, d’ongle, de chevelures peintes et de toiles impures,
    Et les poèmes nés d’hier, ah! les poèmes nés un soir à la fourche de l’éclair, il en est comme de la cendre au lait des femmes, trace infime…
    Et de toute chose ailée dont vous n’avez usage, me composant un pur langage sans office,
    Voici que j’ai dessein encore d’un grand poème délébile…
    (Saint-John Perse, Exils , IV)

  • Existence oubliée
    Lundi, avril 7, 2008 à 2:27

    Merci pour ces quelques vers…
    Merci également pour cette remarque de latin, je tenais cette expression de seconde main de mon père qui a du l’apprendre il y a soixante ans déjà et la répetait quand il avait abusé de la dite chose.
    L’Amnésique

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