Jeudi, avril 10, 2008...11:26

Narration Post-moderne

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L’intrigue est ce qui pourrait qualifier la forme du livre, du moins pour le premier regard, le premier toucher, surtout son odeur, mais cela n’est que personnel. Sur la quatrième de couverture, on y lit:

«La fin des grands récits, progressistes ou révolutionnaires, est paraît-il fini. Tant pis, tant mieux: nous préférions les histoires brèves, contes, nouvelles ou apologues, qui laissent l’intime et le politique s’entrecroiser, en donnant sa part au silence.»

J’ai de la difficulté avec la notion de fin des grands récits: je constate bien leur effritement, mais si je me force à comprendre le chemin qu’a pris cet effondrement, je réalise que la «volonté» à l’oeuvre est beaucoup plus celle du pouvoir officiel démorcelant toute cohésion culturelle pour asseoir sa puissance et la reproduction sans heurt de cette dernière. Bref de mon point de vue, la fin des grands récits est plutôt la faiblesse de nos sociétés qui marque la domination de la technocratisation pour le profit du capital entraînant le démantèlement de la culture.

Cependant, ce petit livre est brillant, il est intelligent, il est petit et sournois. Son contenu est évocateur d’un malaise qui veut devenir liberté. Depuis quarante ans, certains martèlent que la narration à l’échelle de la civilisation n’est plus possible; maintenant, certains ont été capable, dont l’auteur, de dépassé l’appréhension première et de s’installer dans la création. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, une telle chose ne peut exister à cette époque selon cette même logique; celui qui s’aventurera dans le détour argumentera qu’il ne reste plus que ce détour que le «chemin» n’est plus. Pour ma part, je suis soulagé de constater que ce détour n’est pas une impasse et c’est là où il gagne en richesse.

Il ne faut pas laisser tomber les grands récits, il faut en créer de nouveau si possible. Il ne faudrait pas nier le présent malgér tout, et il faut se rassurer de voir, qu’après toutes les attaques qui lui ont été assénés, la culture réémerge de nouveau afin d’entamer un nouveau bal.

«[...] je ne peux pas dormir, et je décide de compter les moutons. Ils sautent la barrière, de droite à gauche, un par un. Se retrouvent de l’autre côté. Mais pour aller où? Nulle part. Ils n’ont nulle part où aller, ne veulent ni ne peuvent quitter la scène, rien n’est prévu à cet effet - et il en vient toujours, un par un s’entassant dans l’étroit enclos qui sépare la barrière du bord de mon sommeil. Plein de moutons, qui sautent et s’entassent sur la gauche, en foule moutonnante. Je ne peux plus dormir.
Ceci pour dire: la prochaine fois que l’on arguera devant vous de la fin des clivages et de l’inanité qu’il y aurait aujourd’hui à distinguer la droite de la gauche, rappelez-vous. Est à gauche celui qui ne peut pas dormir parce qu’il se demande, la barrière franchie, où passent les moutons.»

Mathieu Potte-Bonneville. «de la gauche Le plus grand chanteur à roulettes du monde» dans Amorces, Les Prairies ordinaires, Paris, 2006, p. 25-26

Un commentaire

  • Je dois avouer que j’ai envie d’effectuer un lien entre ce billet que tu as rédigé et un billet sur Youtube que tu as rédigé un peu plus tard.

    Roland Barthes postulait que les récits étaient une manière pour nous d’organiser notre connaissance du monde. De par ce fait, un récit partagé permet de une communication qui a un certain sens. L’effritement des grands récits au profit de ce fractionnement narratif menant à une multitude de petits récits ne peut que nuir un partage généralisé au sein du tissu social parce que, justement, la connaissance est organisée d’une multitude de manières.

    Christian Salmon, dans un petit livre que je trouve précieux qui s’appelle “Verbicide”, postule avec indignation que les petits récits se sont eux aussi fractionnés pour laisser place à une structure narrative qui organiserait la connaissance du monde sous la forme de l’annecdote.

    La manière dont se fait le journalisme dans le monde contemporain témoigne de ceci.

    Et tu me vois sans doute venir à grand pas: Youtube aussi, dans sa forme et dans sa structure, témoigne de ceci.

    Les récits qui se déploient dans le monde contemporain, par leur forme annecdotique, rendent extrêmement difficile le fait de les mettre en relation à la totalité.

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