Lundi, mai 5, 2008...2:19

Arbitraire inépuisable

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Je viens de voir, pour la première fois, le film intitulé The Road to Guantanamo. Ce film, à mi-chemin entre le documentaire et la reconstitution met en scène l’histoire de trois jeunes adultes Britanniques d’origines pakistanaise qui furent arrêtés en Afghanistan par les forces de l’OTAN sous le prétexte d’appartenir, sans preuves, à des milices jihadistes.

Mon commentaire sera bref, il est né de l’impulsion d’indignation que m’a inspiré ce film. Je ne connais pas la «rigueur» de ce film, il transmet cependant une tension innomable. Tout l’arbitraire de l’État d’exception y est palpable: tout est contradictoire et tous les gestes sont calculés et prémédités avec une précision inversement proportionnelle à l’arbitraire autoritaire que ces gestes mettent en place.

Ma réflexion s’est portée sur les soldats qui vivent dans cet État et qui en sont les producteurs effectifs. Tous les jours, leur «travail» leur demande de faire la loi sans savoir de quelle loi il s’agit, mais en ayant tout de même une idée très précise du résultat qui doit être atteint.

***

Il y a trois maintenant, j’étais à Rome dans une auberge de jeunesse et je partageait ma chambre avec un G.I. américain qui revenait de l’Iraq. Le mec avait clairement «pété les plombs», son frère avait été tué au combat et il réclamait ouvertement l’utilisation de l’arme atomique sur tous le Proche et Moyen-Orient. «Il fallait en finir avec cette race!» me disait-il avec un sourire qui trahissait toute la tension accumulée dans ses mâchoires. Je lui ai demandé ce qui l’amenait à Rome, car il s’éloignait (une chance!) de son but. Il m’expliquait que l’armée américaine l’avait envoyé en Italie pour être dans une zone de décompression qui se trouvait au sud de l’Italie et qu’avant de retourner aux États-Unis il voulait voir Rome. De retour «in Freedom Land», sa carrière était déjà tracée: ses supérieurs étaient inquiets de son attitude en Iraq, il était tellement prêt à tuer qu’il devenait une monade incontrôlable, ainsi il avait été promu pour faire de l’entraînement dans sa patrie. Il en était très fier: «Mon général s’inquiétait pour la mission en Iraq, mais mon “enthousiasme” pouvait être utilisé à former les troupes “back home”!»

Je me rapelle avoir eu, par la suite, une courte discussion sur ma vision de cette guerre. Après deux minutes, il m’a fait savoir que si je continuais mon intégrité physique serait menacée.

Le matin suivant j’ai souvenir d’avoir déposé sur son oreiller une note sur laquelle j’avais inscrit: «L’absence de dialogue que tu imposes par ta menace physique montre l’atrophie de ton humanité.» Je devais par le même fait me faire cette remarque: «Est-ce que j’ai manqué de courage? Ai-je le droit de me montrer faible dans ce genre de situation?»

Jusqu’à aujourd’hui je n’ai pas répondu à cette dernière question…

Francisgo de Goya, El sueño de la razón produces monstruos, Capricho 43, 1799,

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