Vendredi, décembre 5, 2008...16:51

Le Visage

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Depuis quelques jours, je travaille sur un livre de Levinas, Éthique comme philosophie première. Pour ceux qui ont quelques connaissances en philosophie, le titre peut sembler étrange. Ce qu’Aristote appelait la philosophie première est ce qui a été désigné plus tard sous le nom de métaphysique ou d’ontologie. L’idée de Levinas est schématiquement simple: avant la question de l’être se pose la question de la justification de l’être qui elle n’est pas métaphysique, mais éthique. Cependant, c’est ici où s’arrête la simplicité.

Je ne suis pas certains d’avoir très bien compris ce texte qui est, soit dit en passant, agréable, ouvert et serein. Au cours de ma lecture, j’avais tendance à comprendre Levinas par tout ce qui me semblait le rapprocher d’Adorno – afin de mieux saisir. En effet, je crois que les deux ont beaucoup de points en commun, mais que ma tentative actuelle avait plutôt tendance à les niveller tous deux vers une zone de neutralité inconfortable. Ce n’est cependant qu’une première lecture et je dois avouer être tomber sous un certain charme que j’aimerais prolonger.

Évidemment, ma piètre connaissance actuelle de la phénoménologie transcendantale pose un problème et tend à sous-estimer l’originalité de Levinas que je ramène sous le couvert de l’originalité d’Adorno; ce qui n’est pas le meilleur chemin. Généralement, je ne crois pas que je me serais précipité dans ce genre de comparaison précipitée, mais la perpective des examens nous mène à des procédés non-orthodoxes et même clairement opposés à mon idéal du travail philosophique. Je n’ai pas fait attention et me voilà en train de faire une réduction analytique d’un auteur sous un autre comme si le but était de les accumuler sous son veston…

Il y a un concept chez Levinas, celui du visage, qui m’attire beaucoup. Le visage c’est l’autre dans son altérité absolue qui, dans son apparition à moi, remet en question le Moi – le «M» majuscule signifiant le moi en tant que visant l’identité. Cette remise en question du moi pose la nudité et la fragilité d’autrui dans un rapport de solidarité où je deviens «otage» de son regard car sans lui «je» ne serait pas. Je peux entrer en rapport avec Autrui, je peux le connaître, mais il n’est pas quelque chose qui se réduit à un thème de la pensée. Il est irréductiblement altérité, je ne peux l’épuiser avec les catégories de mon entendement et c’est cela qui doit fonder la relation que j’entretiens avec lui.

À la lumière de ce concept, j’estime que les sciences sociales devraient faire une examen critique de leur épistémologie. C,est en ce sens que je vois le rapprochement entre Adorno et Levinas: la possbilité d’un rapport éthique à la connaissance qui ne réifie pas les étants.

Anton Corbijn, Miles Davis

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