Voici quelques lignes de Théorème de Pasolini. Oui, il y a un livre et ce n’est pas un simple scénario du film, c’est une œuvre à part entière. Nombreux sont les liens avec le film, mais l’expérience en est complètement différente. Je crois qu’il vaut mieux voir le film d’abord, ensuite lire le livre et revoir le film ensuite, mais cela n’est que trop personnel. Je ne commenterai pas la citation, je ne saurais exprimer ce qu’elle représente sans lui faire violence.
« Dessiner… peindre… devenir auteur : ceci signifie, pour commencer, se mettre en vie, se risquer à affronter un monde qui ne doit rien ignorer du nouveau venu, et qui s’en donne les moyens, sans lui demander son avis, comme si l’on avait affaire à quelqu’un de prédestiné, ou à un créateur céleste : de sorte qu’on passe outre sa solitude, qu’on le croit déjà fait pour vivre en public, à une place où l’on ne peut espérer, à cette occasion, justement, aucune pitié. »
« Il importe d’inventer de nouvelles techniques – que nul ne puisse reconnaître – qui ne ressemblent à rien de tout ce qui c’est fait jusqu’ici. Pour échapper ainsi à tout enfantillage et à tout ridicule. Se construire un univers bien à soi, qui ne puisse être comparé à aucun autre. Pour lequel tout critère de jugement paraisse caduc. Nul ne doit pouvoir comprendre que l’auteur ne vaut rien, qu’il n’est qu’un être anormal, inférieur – qu’à la façon d’un vers il se tortille pour survivre. Nul ne doit le prendre en flagrant délit de niaiserie. Il faudra que tout ait l’air d’être parfait, fondé sur des principes inconnus, échappant de ce fait à tout jugement. Comme un fou, vraiment comme un fou. […] Mais il faut que nul ne puisse deviner qu’il s’agit là du pis-aller d’un incapable, d’un impuissant : et que cela semble tout au contraire une décision sûre, imperturbable, souveraine et presque tyrannique : une technique – que l’on vient de découvrir et dont on peut déjà plus se passer. »
PASOLINI, Pier-Paolo. Théorème, Gallimard, Paris, 1978, pp. 130-131

Un commentaire
Dimanche, août 16, 2009 à 21:19
Merci, je ne connaissais pas l’existence de ce livre