Samedi, avril 26, 2008

Redescendre et travailler

Depuis l’arrivée précoce de l’été, j’ai un peu délaissé mes projets: mes études, ce blogue, mes lectures et mes réflexions. Le regard que je porte au soleil me fige; sous son égide, j’ai le sentiment de me cristalliser. J’ai envie d’être ailleurs sans avoir le droit de quitter; une prison au soleil, un esprit vide en altitude.

Marc Cinq-Mars, La Chute, Acrylique, technique mixte, panneau de bois,
152cm X 122 cm, Septembre 2007.

Jeudi, avril 17, 2008

Deux citations sans commentaire

L’«homme bon», sur tous les degrés de la civilisation, est en même temps bénin et utile: une sorte de moyen terme; la conscience vulgaire dit que c’est un homme que l’on n’a pas besoin de craindre et que l’on ne doit pas mépriser malgré cela…
Friedrich Nietzsche. Dionysos, La Volonté de Puissance, §474.

Tu n’es aimé que lorsque tu peux te montrer faible sans provoquer une réaction de force.
Theodor Adorno. Monogrammes, Minima Moralia, §122.

Mardi, avril 15, 2008

Sonata Quasi una Fantasia

Il y a de ces morceaux de musiques qui donnent la chaire de poule à chaque écoute. Dans mon cas, il y a Painted Paint it Black des Rolling Stones et La sonate pour piano n°14 en do dièse mineur, opus 27 n°2 de Beethoven - mieux connue sous le nom de Sonate au clair de lune ou Sonate à la lune.

À l’écoute de cette seconde pièce, c’est inévitable, à chaque fois j’ai le frisson, les perspectives spatiales se transforme autour de moi: mon appartement semble plus grand, plus lumineux, les murs deviennent flexibles et transmutables.

Je lisais récemment que Beethoven avait lui-même nommée cette sonate Quasi une fantasia dans le but d’expliciter sa volonté de s’émanciper de la forme sonate classique, sans la renier. Je ne suis vraiment pas un grand spécialiste de la musique, au contraire, mes oreilles sont assez peu ajuster à remarquer la présence des sujets et des contre-sujets, mais avec cette pièce j’ai l’impression de vivre cette volonté d’émancipation de la forme sonate vers son dépassement: c’est corporel, c’est jouïssif, du mouvement et de l’étalement. Jamais je ne pourrais être un scolarisé de la musique, ce que je regrette un peu par ailleurs, mais je sens de plus en plus que j’ai la volonté de vivre la musique.

Depuis quelques mois, j’écoute des compositeurs issus de la Seconde école de Vienne - mon intérêt pour Theodor Adorno m’a poussé dans cette direction - depuis je fréquente musicalement Alban Berg, Arnold Schönberg et Anton Webern. Ce que j’en dégage ne sont que de simples considérations de piètre qualité, mais elles me sont importantes: avec le dodécaphonisme, il me semble que devient tangible l’idée de malaise dans la civilisation (culture); cette musique n’est ni négatrice, ni optimisme ou outrageusement pessimiste. Au contraire, elle est empreinte d’un réalisme tout particulier, du réalisme du négatif; c’est là toute sa grandeur…

D’ailleur, il y a un livre d’Adorno qui inciste sur la nécessité de s’émanciper de la forme sonate pour passer vers la «nouvelle musique». Ce livre est intitulé Quasi una fantasia

À vous de faire le lien…

Theodor Adorno, date inconnue.

Samedi, avril 12, 2008

Diffusion & confusion

J’entretiens un rapport ambigüe (nouvel ortographe I hate you!) avec You-Tube; cependant, le site reste un incontournable car il a réellement révolutionné le rapport avec le media qu’est le vidéo. Parmi ses usages extrêmement intéressant, l’on peut nommer la démocratisation de la production et de la diffusion des courts-métrages et la présence de certains intellectuels qui utilisent cette plate-forme pour prendre parole.

Marcuse décrivait dans L’Homme Unidimensionnel la dualité du rapport à une œuvre telle qu’elle se présente au monde dans l’univers contemporain. Je prendrai l’exemple de la IXe Symponie de Beethoven (exemple que je pense être celui de Marcuse, mais j’ai failli à retrouver le passage précis), cette symphonie est exigeante: d’abord sur le plan de l’écoute comme le sont presque toute les symphonies, cependant la IXe pose le problème de l’exigence du temps 76 minutes (moyenne de la plupart des interprétations) les deux combinés posent l’exigence de ne pas morceler l’œuvre (comme ce devrait être le cas pour toutes les œuvres). Or combien de fois pour des exigences futiles nous a-t-on servi que des portions de mouvements de cette oeuvre? La championne étant nécessairement la maintenant insupportable Hymne à la joie
»O Freunde, Freunde, nicht diese Töne!«

Marcuse questionne ce rapport démorcelé à l’œuvre et voit une tension entre le fait que les ondes radios permettent une diffusion sans précédent et ainsi démocratise l’écoute des plus grandes œuvres musicales et un second fait corollaire: la syntonisation de l’écoute est sélective dans l’attention et dans le temps. Tous peuvent écouter la IXe en faisant la vaisselle, le ménage, dans la voiture, en cuisinant; tous peuvent ouvrir la radio en plein milieu de l’oeuvre et la fermer avant la fin. Le résultat est désolant: le médium qu’est la radio fait lui même le morcellement et les grandes œuvres ne sont plus. La démocratisation du rapport à l’œuvre et de sa diffusion c’est faite à l’envers au détriment de la culture et de sa sensibilité qui doit nous accompagner au fil de notre existence.

Avant L’Homme Unidimensionnel, Adorno dans un chapitre intitulé La production industrielle des biens culturels publié dans La dialectique de la Raison s’étonnait de l’idéologie fondamentale qui sous-tendait la diffusion «démocratique» des œuvres musicales en version intégrales (comme si d’autres versions pouvaient réellement exister par elle-même) à la radio: durant des mouvements plus calme de l’œuvre - tel l’Adagio molto e cantabile du troisième mouvement de la XIe - une voix annonçait le plaisir qu’avait le diffuseur de présenter cette pièce en intégrale et sans interruption commerciale. Comme si cette pièce était tout à coup plonger dans une objectivité à l’extérieur de toute idéologie: le fait de penser comme une exception la diffusion d’une œuvre sans qu’elle soit interrompue de publicités est un phénomène hautement idéologique. Le fait d’exprimer le bonheur d’un diffuseur est également idéologique. Au moment où Adorno écrivait ces réflexions, la télévision en était à ces premiers balbutiements, il était prit d’effroi devant la pensée qu’un jour des films pourraient être diffusés au petit écran…

Nous avons largement dépassé ce stade, qu’en est-il maintenant avec des plate-forme comme You-Tube ? À l’égard de ce qui vient d’être mentionné, mon avis sur la question est mitigé: You-Tube et cie. sont-ils démocratiques? En apparence, oui. En réalité, moins. D’abord, soyons honnête cette plateforme de diffusion est beaucoup plus celle des grands que celle des petits. Par grands je n’entend pas adultes, mais ceux en moyen financier intégrer en aval au monde de la diffusion: il est devenu populaire (quel rapport avec le peuple?) de lancer une campagne publicitaire sur le net, de reproduire des portions d’émissions de télévisions ou encore de mettre des «previews» pour les futurs grand succès économique de Hollywood…

Et pour les petits? Pour les petits, il ya tout à condition que ce que vous ayez à proposer fasse moins de dix minutes aussi non vous serez obligé de le morceler. Qu’arrive-t-il à une oeuvre, à une réflexion lorsqu’elle se fait couper dans son développement elle retombe au degré zéro? Nous ne pouvons que présupposer de l’intérêt de celui qui la reçoit pour aller la poursuivre, chose qui n’est pas suffisant pour provoquer le dialogue. Mais pour celui qui en aurait envie, il y a la possibilité de présenter une vidéo de 80 minutes en huit parties ce qui n’aurait probablement jamais été possible auparavant…

Un avantage indéniable de l’Internet est qu’il ne propose pas quelque chose que l’on attrape au vol, nous sommes toujours au début de l’œuvre et elle sera (presque) toujours là pour qu’on puisse y retourner; cependant, sauf exception, nous sommes seul devant l’œuvre ce qui peut avoir ses avantages, mais qui rend difficile l’échange sur ce qui est mobilisé par la réception.

Avec Internet, «the medium is not the message»: il y a du très mauvais et du très bon. Et c’est là la principale difficulté d’une telle plateforme: quels critères peuvent être mobilisé pour les différencier? Je ne pourrais répondre à cette question, mais il est évident que les critères reposeraient nécessairement sur un ordre (moral?) individuel. Or, quel est la possibilité de construire ce genre de normativité de manière individuelle dans une organisation rhizomatique tel Internet? Selon moi, il n’y en a aucune: cette normativité doit être intériorisé de façon à ce qu’elle précède l’investissement dans le rhizome. Si une organisation rhizomatique peut à partir du chaos générer l’ordre, il n’est pas dit que cet ordre soit moral il peut tout aussi bien être totalitaire; et dans le cas précis d’Internet, ce n’est pas une expérience concluante car ce ne sont pas que des anomiques qui ont colaboré à l’expansion de la toile. Internet n’est pas le lieux où se pose la question de l’insociable sociabilité, mais il est certainement un lieu où devrait se poser la question de l’impératif catégorique. À cet égard, nous tombons dans le piège qu’a tenté d’évité Hans Jonas à savoir comment, à la fois, constater l’atomisation du social et vouloir conserver pour des fins pratique la fiction d’un universel qui pourrait supporter une morale.

Intomyworldofart, The Line Series no.4, 2008

Vendredi, avril 11, 2008

Incompatibilité…

J’ai fait une erreur: je me suis inscrit à un cours sur Nietzsche.

C’est merveilleux un cours d’auteur, la liberté est tellement plus grande et la diversité des intérêts dans le groupe nourrit un intérêt commun: l’attrait que peut avoir un auteur. Là-dessus il n’y a pas de problème, si ce n’est que la présence de certains étudiants qui par leur participation ramènent tout à l’insignifiance: comme vouloir figer Nietzsche dans un courant philosophique unique malgré son continuel mouvement intellectuel qui échappe aux classifications traditionnelles.

L’erreur est la suivante: Nietzsche lorsqu’il est lu provoque bien plus le voyage et l’émotion que la réflexion rationnelle telle que l’entend l’institution. Certes, il est pertinent et important de réfléchir Nietzsche avec tout l’outillage rationnel que nous avons. Là où le bât blesse, c’est qu’il y a pour moi une différence entre la rationnalité qui doit être mobilisé à la compréhension de la pensée nietzschéenne et la rationnalité (souvent instrumentale) qui est mise de l’avant dans les demandes de l’institution envers ses membres.

En ce moment, je me trouve devant le devoir impossible de résumé un passage de la Volonté de Puissance en y exposant les thèses, les arguments et en les hiérarchisant. Peut-être que l’erreur est mienne, mais je constate que cette tâche est quasi impossible sans faire violence à la liberté fondamentale qui est la pulsion menant à l’existence de ce texte.

Un professeur m’avait recommandé une fois, avec beaucoup de sagesse, qu’il fallait s’engager et risquer autant à lire et à travailler un texte que ce texte est engageant et met en scène un risque. Vouloir respecter cette volonté c’est s’exposé devant l’université à deux choix: le succès total ou l’échec flagrant. Peu sont ceux qui savent reconnaître ce qui est mobilisé en amont et en aval d’un travail: le risque peu mener à l’erreur mais son chemin est bien plus formateur que celui de la logique formelle qui mobilise un langage de neutralité incapable de porté en son sein une réflexion libératrice.

Je préfererai donc résumer Nietzsche sans lui faire violence et m’exposer à un échec que de faire plaisir à une logique qui laisse tout mourir dans l’oeuf…la pensée au premier plan.

Shawn Swagerty, Nietzsche, Aquarelle, 11″x 7, 1999

Jeudi, avril 10, 2008

Narration Post-moderne

L’intrigue est ce qui pourrait qualifier la forme du livre, du moins pour le premier regard, le premier toucher, surtout son odeur, mais cela n’est que personnel. Sur la quatrième de couverture, on y lit:

«La fin des grands récits, progressistes ou révolutionnaires, est paraît-il fini. Tant pis, tant mieux: nous préférions les histoires brèves, contes, nouvelles ou apologues, qui laissent l’intime et le politique s’entrecroiser, en donnant sa part au silence.»

J’ai de la difficulté avec la notion de fin des grands récits: je constate bien leur effritement, mais si je me force à comprendre le chemin qu’a pris cet effondrement, je réalise que la «volonté» à l’oeuvre est beaucoup plus celle du pouvoir officiel démorcelant toute cohésion culturelle pour asseoir sa puissance et la reproduction sans heurt de cette dernière. Bref de mon point de vue, la fin des grands récits est plutôt la faiblesse de nos sociétés qui marque la domination de la technocratisation pour le profit du capital entraînant le démantèlement de la culture.

Cependant, ce petit livre est brillant, il est intelligent, il est petit et sournois. Son contenu est évocateur d’un malaise qui veut devenir liberté. Depuis quarante ans, certains martèlent que la narration à l’échelle de la civilisation n’est plus possible; maintenant, certains ont été capable, dont l’auteur, de dépassé l’appréhension première et de s’installer dans la création. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, une telle chose ne peut exister à cette époque selon cette même logique; celui qui s’aventurera dans le détour argumentera qu’il ne reste plus que ce détour que le «chemin» n’est plus. Pour ma part, je suis soulagé de constater que ce détour n’est pas une impasse et c’est là où il gagne en richesse.

Il ne faut pas laisser tomber les grands récits, il faut en créer de nouveau si possible. Il ne faudrait pas nier le présent malgér tout, et il faut se rassurer de voir, qu’après toutes les attaques qui lui ont été assénés, la culture réémerge de nouveau afin d’entamer un nouveau bal.

«[...] je ne peux pas dormir, et je décide de compter les moutons. Ils sautent la barrière, de droite à gauche, un par un. Se retrouvent de l’autre côté. Mais pour aller où? Nulle part. Ils n’ont nulle part où aller, ne veulent ni ne peuvent quitter la scène, rien n’est prévu à cet effet - et il en vient toujours, un par un s’entassant dans l’étroit enclos qui sépare la barrière du bord de mon sommeil. Plein de moutons, qui sautent et s’entassent sur la gauche, en foule moutonnante. Je ne peux plus dormir.
Ceci pour dire: la prochaine fois que l’on arguera devant vous de la fin des clivages et de l’inanité qu’il y aurait aujourd’hui à distinguer la droite de la gauche, rappelez-vous. Est à gauche celui qui ne peut pas dormir parce qu’il se demande, la barrière franchie, où passent les moutons.»

Mathieu Potte-Bonneville. «de la gauche Le plus grand chanteur à roulettes du monde» dans Amorces, Les Prairies ordinaires, Paris, 2006, p. 25-26

Dimanche, avril 6, 2008

Légère ivresse

J’ai le désir de la solitude, celui de l’altérité.

Depuis que j’ai voyagé pendant un an, j’ai réalisé la richesse de la solitude au sein de la masse en même temps que je désirais avoir quelqu’un qui aurais pu être poreux à ma présence.

Maintenant, il y a ces fois où je suis seul avec un peu de vin et qu’automatiquement je retrouve cet état d’âme. Vinas Vino veritas disaient les anciens, et c’est le cas: avec le vin je retrouve ma vérité… celle que je me cache, non par hypocrisie, mais par compassion à moi-même. Cette vérité qui m’effraie et qui effraie tous ceux qui m’entoure et qui savent ce qui en ressort. Une petite ivresse qui me permet de partir sans avoir l’impression que je devrais revenir… le lendemain je me réveille, je suis là, mais ça va déjà mieux.

Je m’ennuie du voyage… c’est la plus belle réalité car ce qui est accepté est refoulé (et vice-versa), les deux se combinent et donnent une intensité à l’expérience qui est intouchable. Tout passe vite, mais bien; c’est vaporeux sur le moment, c’est dans sa cristalisation comme souvenir que le plaisir se multiplie.

J’ai la tristesse de vivre à Montréal qui ne m’est pas du tout étrangère: elle m’emmerde parce qu’elle me ressemble. Si Montréal pouvait être mon altérité…

Et c’est dans cet état que je vous parle en ce moment, mais je n’apprends rien à personne.

Dimanche, avril 6, 2008

Brain Dead

Hier matin, j’étais convoqué à l’école pour assister à un cours du samedi (modulation de rattrapage de la grève.)* À la fin de la rencontre, le professeur nous invita à un colloque au nom de notre insocialble sociabilité car, selon ce principe, l’être humain agirait selon ses instincts et les principes moraux qu’il aurait reçu. En bref, il y avait un buffet et des discussions sur la philosophie et entres autres une conférence donnée par Jacques Bouveresse animée par Normand Baillargeon. J’y suis allé pour deux principales raisons: je savais que mes frais afférents avaient payé ce buffet, alors il était normal que j’aille en réclamer ma juste part, aussi parce que le nom de Bouveresse me disait quelque chose (rien de très bien) et j’étais curieux.

Ma surprise ne fut pas grande: cette conférence était quand même organisée par le département de philosophie de l’UQAM (entendre analytique) et le conférencier qui n’était pas présent mais en communication téléphonique disait des choses inaudibles (l’UQAM étant trop pauvre pour permettre à une trentaine de personnes de pouvoir entendre convenablement un professeur du Collège de France). De ses propos, je n’ai qu’entendu des Wittgenstein par-ci, des Carnap par-là et des Russell une ou deux fois. Mes sentiments n’étant pas très favorable à ce genre de philosophie, j’aurais pu être ouvert au discours, mais je n’ai strictement rien entendu sauf le ressassement des personnalités cultes de la philosophie analytique. Et les questions qui ont suivi la conférence? Soit des questions à demi affirmative qui essayaient de sortir du cadre de la philosophie analytique, soit des questions d’une insignifiance absolue: «La philosophie change-t-elle la vie?» Question posée par un philosophe à un philosophe, dans l’autoréférencialité on a rarement vu aussi flagrant.

La suite du colloque était une discussion autour du sujet: Quelles sont les fonctions de la philosphie? (Le mot fonction me donne des frissons…) Les panélistes étaient clairement divisés: les analytiques d’un bord et les continentaux de l’autre. Le tout avait l’air d’un épisode de Il va y avoir du sport! Bien que j’étais très peu d’accord avec ce qui était affirmé, j’avais surtout mal à tolérer le niveau de la discussion: un directeur de département qui rejette un argument en disant que la «comparaison est boiteuse, ça n’a pas de sens, beurk!» ne peut (et ne doit) pas être pris au sérieux en aucun cas. Ces gens ont le poid de démontrer la puissance que peut incarner la philosophie dans le monde et préfèrent se prélassé dans une liquide insignifiance nous rapprochant du degré zéro de la réflexion, interminable flux inutile dans lequel ils nous traînent de force du moment ou nous commençons à les prendre au sérieux.

Si c’est bien cela l’institution, vouloir la sauver n’en vaut pas la peine; elle crée plus de mal qu’elle en empêche.

Makzd. Civilization-splinter, 2006.

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* Contrairement aux grèves ouvrières, il semblerait que les grèves estudiantines s’exposent à des mesures de rajustement de la «production».

Vendredi, avril 4, 2008

M’oublier

«Il ne savait jamais où s’arrêter; il s’embourbait toujours dans les fondrières et les marécages de la métaphysique, la religion, la mythologie et finissait par tout réduire à du pipi de cheval.»
Henry Miller, Big Sur et les Oranges de Jeronimus Bosch, 1959.

J’ai une soif, de celles qui voudraient avaler le monde sans le recracher. Ma tête m’arrache les espoirs, mes cheveux tombent, je gémis des médisances sur ce que je crée et ce monde qui m’a enfanté. Je me sens méprisé sans savoir que je le suis; je spécule les soupçons sur ceux qui dans leur hypocrisie bucale disent m’aimer. Pourritures: vous sentez le fumier!

Il n’y a aucune différence entre le verbe être et le verbe suivre conjugués à la première personne du singulier à l’indicatif présent. Ce n’est pas une lacune de la langue française: être c’est toujours suivre quelque chose. Comme j’aimerais pouvoir rompre ce fil qui m’attache: explorer l’animalité sans remords.

«The suicide sprawls on the bloody floor of the bedroom,
I witness the corpse with its dabbled hair, I note where the pistol has fallen.»

Walt Whitman, «Song of Myself», Leaves of Grass, 1855.

Samedi, mars 29, 2008

Fuir

J’ai appris il y a quelques jours que mon dossier d’échange étudiant avait été accepté et envoyé, ce n’est pas définitif, mais le reste du processus est plus de l’ordre des formalités que d’autres choses. Depuis, j’ai déjà Montréal dans la gorge: elle me dégoûte de plus en plus, mais je sais qu’elle me manquera. Je suis déjà en exil, ma tête n’est pas encore à Bruxelles, elle ère de tout l’étendue de la noosphère à la recherche d’un port d’attache.

Cette peinture de Magritte me parle énormément ces jours-ci. Son titre, Les Vacances de Hegel, ne pourrait être plus juste. En plus, Magritte est belge.

René Magritte, Les Vacances de Hegel, 1958